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THE BLADE (DAO)
Pitch : L'histoire de la vengeance d'un jeune
chevalier solitaire. Ding On est un orphelin qui travaille comme
manutentionnaire dans une fabrique de sabres. Quand il apprend le meurtre
d'un homme sacré et plus tard l'assassinat de son propre père par une même
bande de truands, il s'engage dans un combat sans merci, et ira même jusqu'à
perdre son bras droit. Usant de techniques de combat inédites, il fera tout
pour vaincre le sanguinaire Lung...
Déflagration cinétique La sortie en dvd de The Blade (Dao, 1995) de Tsui Hark va permettre de poser à plat deux ou trois choses dans le petit monde du wu xia pian (film de sabre chinois). Le genre tomba en désuétude fin années 70 (destin similaire au western hollywoodien), avec l'expansion des kung fu pian et de la vague phénomène Bruce Lee puis, par la suite, la fascination exercée par les polars urbains et hard boiled. Le studio Shaw Brothers en fut sûrement le plus prolifique et prestigieux représentant avec des classiques tels que La rage du tigre (The new one-armed swordsman, 1971) de Chang Cheh, Le sabre infernal (The magic blade, 1976) de Chu Yuan ou L'hirondelle d'or (Come drink with me, 1966) de King Hu. De nos jours, Tigre et Dragon (Crouching Tiger, Hidden Dragon - 2000) de Ang Lee, gros film académique au casting five stars, et les vitrines d'esthètes creuses de Zhang Yimou : Hero (2002) et Le secret des poignards volants (House of flying daggers, 2003) sont le constat d'inertie et de formules ampoulées rabâchées jusqu'à épuisement, émerveillant les spectateurs occidentaux totalement étrangers aux codes du genre. D'où la nécessité vitale de revoir The Blade aujourd'hui, comprendre en quoi le chef-d'œuvre de Tsui Hark à amorcer ce retour pompier et désuet vers des figures traditionnelles en emmenant le wu xia pian à son stade terminal. Bien entendu, ce qui nous intéresse le plus c'est la mise en scène hors norme, à l'impact reptilien résistant à l'analyse plan par plan. On savait que Hark était le moins consensuel et commun des réalisateurs hongKongais, véritable démiurge à la tête d'un empire de production important : la Film Workshop (mais revoir le film dans la meilleure copie au monde est une tuerie harassante). Tour de force cinétique, monument d'abstraction barbare, pas une image sans que Tsui Hark transcende les archétypes primordiaux avec une énergie qui se déploie de tout son arc, pour se replier instantanément en son centre en une compression fulgurante. L'œuvre semble être un trop plein de bruit, de fureur, de mouvement, de matière, de jaillissement âpre et déchirant à la fois sa narration et sa plasticité convulsive (zooms, décadrages brutaux, changement d'axes à l'intérieur d'un même plan). The Blade est une démonstration indépassée de cinéma physique (égalé seulement la même année par un autre cinéaste toujours en quête d'expérimentation formelle nommé John McTiernan avec Die Hard 3 - Une journée en enfer), qui a été tourné caméra épaule dans un chaos continu avec un script sans dialogue, des horaires cumulatifs parfois de 24h, des improvisations aussi bien au niveau de l'interprétation que des scènes de combats, des comédiens exténués par un metteur en scène frénétique (Chiu Man Chunk qui joue le rôle principal du sabreur manchot - Ding On - s'est brouillé avec Hark durant le tournage). Le résultat crépusculaire s'explique à la fois par l'urgence de l'entreprise et la recherche d'un cinéma "d'action vérité" appliquant les influences Nouvelle Vague cathartique poussées jusqu'aux limites de l'implosion formelle. C'est là le poumon du film, artère au flux impossible à stopper ! En bref, The Blade est une synthèse nerveuse et bouillonnante de 30 ans de wu xia pian, mais au lieu de s'enfoncer dans la grâce volubile cablée, Hark absout la vérticalité des affrontements pour revenir à la terre et son horizontalité. Le travail de montage elliptique est monstrueux, il déconstruit les régles admises, jouant sur le sensoriel et la chair : climat solaire, nuit humide, cicatrices burinés, geyser sanguin. Le champ d'emprise de la morale est un abîme de noirceur, la chevalerie n'a plus d'autres valeurs que celle de la violence et de la vengeance. Un cycle sans fin d'hommes et de femmes marionnettes du destin, soumis à leurs pulsions et sentiments destructeurs. Echec public, conspuation critique, totalement incomprise lors de sa sortie, Hark prenait avec The Blade, 20 ans d'avance sur tous ses concurrents (Zhang Yimou, Ang Lee, Wong Kar Waï lui courent loin derrière), en accouchant d'une oeuvre au bord de la rupture, d'une radicalité et d'une viscéralité jusqu'au boutiste. Aucun prétendant n'est venu soit se frotter dans cette voie de la fissure et de l'éclatement ou apporter une nouvelle alternative au genre. Bien plus qu'une ébouriffante leçon de mise en scène : une déflagration ! Cédric Gentaz
The Blade existe à la vente en édition simple et collector (limitée à 10 000 exemplaires). Edition simple : le film en format 1.85 respecté compatible 4/3 et 16/9, dolby digital 5.1 version française, en cantonnais vo d'origine sous titré francais en dolby mono 2.0. Bandes annonces de la collection H.K + celle du film. Suppléments sur édition collector, deuxième dvd bonus : interviews croisés de Tsui Hark, Hung Yan- Yan (le méchant tatoué inoubliable) et Koan Hui (scénariste et assistant réalisateur) d'une durée de 58 minutes. 12 cartes postales, un livret de 64 pages.
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