CINÉMA

FILMS TV SÉRIES TV NANARS DOSSIERS BRÈVES de comptoir
                         INTERVIEWS DVD AUTOPSIE OPTION LYCEE RÉDACTION PAGE d'ACCUEIL

■   ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■  

 

KING KONG 
U.S.A., 1933, de Ernest B. Schoedsack et Merian C. Cooper, avec Fay Wray, Robert Amstrong, Bruce Cabot, Frank Reicher, Sam Hardy, Noble Johnson... 
Pitch : Une équipe de cinéastes, dirigée par Carl Denham, se rend en Malaisie à bord du bateau commandé par le capitaine Englehorn, avec son second John Driscoll et la blonde Ann Darow, la vedette engagée spécialement pour le film. Il s'agit d'atteindre Skull Island, une île mystérieuse où des légendes feraient vivre un animal monstrueux, adoré par les indigènes comme un dieu, du nom de King Kong. Les explorateurs parviennent à débarquer sur l'île, mais les indigènes enlèvent Ann, la " femme aux cheveux d'or "...
 

 

Naissance d'une icône

 

    L'histoire du cinéma est façonnée par d'étranges serpents de mer, entourés de brume et de mystère. Alors qu'en 1927, le premier film parlantThe Jazz Singer d'Alan Crosland pour la Warner, révolutionne le médium en profondeur, que la même année Friedrich W. Murnau pour la 20th Century fox offre au monde le chant crépusculaire du muet avec The Sunrise (l'Aurore), rien n'était encore venu bousculer le domaine des effets visuels. Bien entendu, il y a eu Méliès, illusionniste et bricoleur de génie et ses trucages optiques. Il faut cependant attendre 1933 pour pouvoir admirer sur grand écran l'un des tournants majeurs des effets spéciaux au cinéma (pour la première fois, le spectateur a de l'empathie pour un trucage), doublé de la naissance d'un des mythes les plus féconds produit et engendré exclusivement pour le 7ème art. 

 

    Avec King Kong, Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack offrent à cet art la pleine démesure nécessaire au rêve et au gigantisme telle que le cinéma l'a toujours promis. Et ce ne sont pas les 6200 spectateurs venus assister à la première du film, amassés au Radio City Music Hall ce 4 mars 1933 et totalement médusés, qui vous auraient dit le contraire. Un succès planétaire foudroyant qui doit beaucoup à la grande dépression américaine de l'époque où le public avait besoin de divertissement, le temps d'oublier le triste quotidien d'une société appauvrie et brimée par la prohibition. Un tel plébiscite ne doit rien au hasard mais est la conjoncture de plusieurs talents. Cooper et Schoedsack sont des amis de longue date qui se sont rencontrés à Vienne en Autriche. Tous deux passionnés par le documentaire et l'exploration, ils ne tardent pas à voyager aux 4 coins du monde et tournent des safaris animaliers. Schoedsack rencontre lors de l'une de leurs excursions en Équateur Ruth Rose, comédienne au chômage. Poussée vers l'aventure, elle finit par l'épouser. 

 

    C'est en 1931 que Cooper commence sérieusement à penser à King Kong (Kong signifie gorille en malaisien) et soumet l'idée à David O'Selznick, vice-président de la RKO. A la même époque, Willis O'Brien, technicien brillant, essuie une série d'échecs. Il parvient cependant à lancer la pré-production de Création par le studio RKO où un groupe d'aventuriers se retrouve sur une île préhistorique, confronté à des dinosaures. Secondé par Marcel Delgado, O'Brien ne va pas construire moins de 49 dinosaures et même tourner des rushs test. Mais la crise économique et la mauvaise situation financière du studio auront raison de l'œuvre. O'Selznick demande à Cooper de faire le ménage au sein de la RKO des projets les plus onéreux (Création ayant déjà coûté 100 000 dollars) et c'est donc celui d'O'Brien qui va en pâtir puisqu'il sera tout simplement annulé. De plus, Cooper juge que le scénario se rapproche trop de celui de son King Kong et du Monde Perdu de Harry O'Hoyt sorti en 1925.

 

    Néanmoins, tout n'est pas à jeter car, impressionné par les concepts artistiques et les rushs du défunt Création, Cooper décide d'embaucher Willis O'Brien et son équipe pour les effets spéciaux de son bébé. Le duo se met vite au travail et propose à O'Selznick un aperçu des effets visuels du film. Ce dernier est émerveillé et donne son feu vert. Avant que le tournage de King Kong ne soit commencé, O'Selznick quitte la RKO pour la MGM et, comble de l'ironie, c'est Merian C. Cooper qui en deviendra le vice-président. Reste maintenant à écrire un scénario tangible. Pour l'instant, seul l'idée que King Kong terminera au sommet de l'Empire State Building, tenant une femme dans une main et attrapant les avions de l'autre, existe grâce à l'un des 12 dessins préparatoires. Au fil des mois, Cooper rassemble une somme d'idées mais il leur faut une structure. Il s'offre les services du célèbre écrivain fantastique Edgar Wallace. Le traitement de Wallace ne séduit pas. Par exemple, Kong n'est pas tué par les avions au sommet du building mais par la foudre. Beaucoup d'éléments seront pourtant conservés ; par exemple le gorille géant secouant un tronc massif précipitant des hommes dans un ravin ou encore le moment où il pose Ann sur un arbre pour affronter un T-Rex. Le script final sera l'apanage de Ruth Rose, l'épouse de Ernest B. Schoedsack, qui s'investira dans le développement. Femme éprise d'aventures, grande exploratrice qui a connu la jungle et qui a fréquenté le monde de Broadway, Rose préserve bien entendu le vieux proverbe arabe de "la belle et la bête", qui ouvre et clôture King Kong, auquel tient depuis le départ Merian C. Cooper. 

 

    Le tournage démarre, Cooper et Schoedsack se divisent la mise en scène et ne seront réunis sur une seule séquence, la capture de la bête sur la plage. L'équipe de Willis O'Brien et Marcel Delgado s'active aux effets spéciaux avec les remarquables poupées miniatures de 45 cm , au squelette de métal (voir le lien : http://www.sideshowtoy.com/mas_assets/jpg/7181_press01-001.jpg) qu'ils doivent animer image par image. La fourrure est en peau de lapin et a la fâcheuse tendance à bouger entre chaque prise. Bénédiction au contraire puisque l'effet donne l'illusion que les poils de la bête sont caressés par le vent. Pour les plans rapprochés, Fay Wray se trouve dans une main géante pilotée par une grue. Le reste est une combinaison de décors miniatures, rétroprojection, surimpression, autant de techniques transcendées et merveilleusement utilisées par des techniciens hors paire. Ces magiciens (qui ne seront pourtant pas crédités au générique) repoussent sans cesse les innovations en mettant au point un travelling toboggan de 8 mètres de long pour la scène finale de l'Empire State Building permettant d'avoir une prise de vue comme à l'intérieur d'un avion et lui faire suivre des trajectoires inédites soumises aux turbulences. Se mettant en scène à l'intérieur des biplans, c'est Cooper et Schoedsack qui tirent sur la bête. King Kong est mis à mort par ses propres créateurs. 

 

    Loué d'un budget de 430 000 dollars, c'est pourtant avec une économie certaine que le film se fait, réutilisant certains décors et prises de vue d'anciennes productions : Le Roi des Rois de Cecil B. de Mille ou encore Les Chasses du Comte Zaroff de Ernest B. Schoedsack. La complexité du tournage met la pauvre Fay Wray à rude épreuve, aussi bien physiquement que vocalement ; elle terminera plusieurs prises aphone pour la postérité. En post production, une scène jugée inutile, devenue un Graal pour les cinéphiles sera coupée et perdue à jamais, celle du puit d'insectes ou les marins affrontent des araignées monstrueuses. Dans l'édition zone 1 de King Kong, Peter Jackson et Weta lui ont redonné vie pour les bonus en retournant la séquence entière avec les moyens d'époque, stop motion, dégradation de la pellicule, guidé par le script et le story-board de 1933. Le premier cut du film comporte 13 bobines, un chiffre porte malheur pour Cooper très superstitieux. Au lieu d’élaguer, le producteur - réalisateur veut le rallonger d'une 14ème bobine et rappelle l'équipe pour ajouter quelques scènes additionnelles dont l'attaque du métro à New York. 

 

    Enfin, l'œuvre prend vie. Dès sa sortie, King Kong devient l'icône majeure du cinéma fantastique, LE film de monstre qui a fait et continue à faire autorité, générant des vocations dans le milieu, tels que celles de Ray Harryhausen, Inoshiro Honda (papa de Godzilla qui nous offrit l'affrontement des deux mastodontes dans King Kong contre Godzilla en 1962), Steven Spielberg (qui lui rend hommage dans Jurassic Park et The Lost World) ou Peter Jackson bien sûr qui en tournera une relecture romantique et "bigger than life". L'un des rares défauts du film de Cooper et Schoedsack est peut-être son traitement superficiel des personnages mais aussi inhérent à ce genre de production pour l'époque. Chimère purement cinématographie, King Kong à traversé l'inconscient collectif à travers les générations sans perdre de sa force (même ceux qui n'ont jamais vu une seule version de Kong, connaissancent l'histoire dans ses grandes lignes). Mythe universel opposant la passion à la raison, la bestialité à l'amour irrationnel mais candide, n'ayant plus sa place dans notre monde dominé par la valeur marchande et le cynisme. Vestige de la pureté d'un univers perdu pour l’île et son bestiaire, corruption humaine dominante pour la ville. King Kong n'a donc pas fini d'interpeller nos sens et nos esprits, reflétant avec une puissance inépuisable la bête tapie en chacun de nous. Une bête partagée entre son cœur et ses instincts, monstrueuse mais terriblement humaine. Cédric Gentaz

 

King Kong (2005)

King Kong (1976)

 

 

DVD zone 2, double disque. Éditions Montparnasse, incluant la version originale sous-titrée d'une durée de 95 minutes ainsi que la version française censurée d'époque de 85 minutes. Film entièrement remasterisé 4/3 et en mono d'origine ou 5.1, accompagné en bonus de sa suite Le fils de King Kong de Ernest B. Schoedsack (1933). Également des entretiens de Joe Dante et Ray Harryhausen, un making of sur la restauration du film et une analyse de l'œuvre.

 

Enfin à signaler que les Editions Montparnasse permettent de télécharger - louer King Kong pour 5€ à regarder autant de fois que vous le désirez pour 72 heures, ou le conserver sur votre ordinateur pour un coût de 10 euros, dommage dans ce cas que la copie sur un DVD ne puisse être lu sur un lecteur salon mais seulement PC ! A voir ici : http://www.king-kong.fr/

 

 

 

 

 

 

■   ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■

Copyright © 2005 - Tous droits réservés : Siteducinephile@aol.com ; association "loi 1901" JUILLET pour qui de droit

 

quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  La Revue du Cinéma