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cette page contient deux articles DANCER IN THE DARK Lars Von Trier broie du noir Le Danois fou Lars Von Trier (Breaking the
Waves, Idiotern/Les Idiots), grand manitou du Dogme 95, s'attèle
à la comédie musicale ou plus précisément au mélodrame musical. Car, Dancer
in the Dark n'a rien d'une comédie. C'est une tragédie poignante sur
le don absolu de soi, un brûlot qui brise le rêve américain, celui de la
promesse d'une vie meilleure, pour nous montrer le revers de la médaille. Une œuvre
ouvertement engagée contre la peine capitale. Le but du danois était aussi de
tourner un mélodrame musical avec 100 caméras numériques (utilisées
seulement lors des moments chantés). Von Trier, grand expérimentateur devant
l'éternel, a fait appel à l'elfe islandais Björk pour composer la B.O. Les efforts combinés de Lars Von Trier et Björk n'auront donc pas été vains.
Les frictions entre ces deux fortes têtes ont été courantes, Björk a disparu
à deux reprises du tournage car on effectuait des coupes sur sa partition.
Tourner en digital vidéo (DV), le procédé peut rebuter certain spectateur, on
a l'impression d'assister à un film amateur. Ce qui est pourtant évident,
c'est qu'il n'en est pas un. La forme est donc inédite mais magnifiquement
contrôlée. Les morceaux musicaux sont superbement montés et la scène du
train où Selma chante "I've seen it all" est déjà
anthologique. Un vrai souffle émotionnel se dégage de l'œuvre, d'une
puissance inouïe atteignant l'état de grâce dans sa dernière demi-heure. Film en 16/9 anamorphomique, compatible 4/3. Piste VF, VO, VOST en Dolby Digital 5.1 et DTS. Digipac, deux disques, coffret collector + un livret : disque 1 contient le film, chapitrages, bandes annonces d'œuvres de Lars Von Trier. Disque 2 : Making of (60 minutes), bio-filmos, bande annonce de Dancer in the Dark, interview de Bjork (20 minutes).
Le point de vue comme focale
Ainsi, jamais l'utilisation du Dogme 95 n'a été aussi appropriée. Souvenez-vous de Idiotern (Les Idiots, 98), de ces mises au point floues et mal cadrées. On aurait cru qu'un amateur avait filmé ses vacances. Certes, l'expérience ne manquait pas d'intérêt mais le procédé ne semblait pas foncièrement justifié, ce qui est le contraire de Dancer in the Dark. Si Selma perd la vue, il est normal que la caméra, qui est censée nous montrer son monde tel qu'elle le voit, vacille, devienne floue, perde le repère d'un corps. L'éclairage de cette réalité est grise et dure, rappelant que malgré la vision déformée qu'a Selma (et par la même occasion le spectateur), l'avenir ne peut se conclure que sur les ténèbres. Un film si sombre serait insupportable mais Von Trier n'oublie pas qu'il fait une comédie musicale et se sert donc de ces morceaux pour temporiser la tragédie. La réalité devient alors plus supportable car filtrée. Il suffit qu'elle entende un bruit de machine ou de roulement de train pour s'échapper dans un univers fantasque où tout le monde se met à danser. Pour le filmage de ces morceaux, Von Trier n'a pas utilisé moins de cent caméras numériques. Cent points de vue différents. Cent façons de voir à travers Selma. A noter qu'à ce moment là, jamais le cadre ne subit de flou ni de mouvements brusques, tout étant d'une limpidité exemplaire. Les couleurs grises de la réalité sont remplacées par des contrastes chauds et douillés où il fait bon de se réfugier. La communion avec le personnage est alors totale, on ne voit plus seulement à travers ses yeux, on lit à travers son âme. La manipulation de l'image dans Dancer in the Dark est l'élément par lequel les sentiments passent. L'identification avec le personnage est si bien amenée qu'il est impossible en fin de parcours de raisonner à l'inverse de l'héroïne, ne serait-ce que pour douter de ses intentions ou de son innocence. Parce que Selma nous a déjà tout dit, qu'elle le chante, elle semble avoir tout vu. Il en est de même pour nous. Lorsque vient alors le final terrifiant, Von Trier sait que le spectateur, qui n'a vu et ressenti son film que par les yeux de son héroïne, ne peut plus lutter, la charge émotionnelle devenant trop forte, et réussit donc son but : amener les larmes en même temps que la fin du supplice de Selma. Pour la simple raison qu'il tue l'identification, pacte le plus important que le cinéma tente d'établir depuis ses débuts, ce que le spectateur réclame à ses héros : prête-moi tes yeux ! Cédric Gentaz bio-filmographie de Lars von Trier
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