Titre
japonais : Ima Soko ni Iru Boku
Réalisé par Akitaroh Daichi, scénario de Hideyuki Kurata et musique de Taku
Iwasaki
Character Designer : Atsushi Ohisumi
Produit par AIC et Pioneer LDC.
Sérié télé de 13 épisodes d'une durée de 20 minutes.
Pitch : Shû est un jeune garçon de 14 ans qui a un cœur d'or. En
suivant une jeune fille dénommée Lala Ru, il voyage dans le monde dont elle
est originaire. Dans cet autre monde où les peuples se livrent une guerre sans
merci, Shû a été capturé par les troupes du dictateur Sir Hamdo, un tyran
cruel et sadique qui enrôle les enfants de force pour mener à bien ses
ambitions de conquête.
L'innocence sacrifiée
"C'est la fragilité et la fugacité de ces 10 milliards d'années qui me les font chérir
jusqu'à l'affliction."
Lala Ru
L'autre monde est une série animée
injustement boudée et ignorée. Elle n'a jamais connu le succès mérité des
otakus et jap'anime fan. Il n'y a qu'à voir le nombre de sites Internet qui lui
sont consacrés pour comprendre sa faible notoriété aussi bien au Japon, aux
USA et bien entendu en France. Là où vous trouverez des centaines de pages
consacrées à des canons tels qu'Evangelion, Cowboy Bepop
ou Love Hina, L'autre monde n'aura droit qu'à une
dizaine de pages tout au plus. Il est grand temps de réparer cette erreur. Le
fait est que L'autre monde est une série anti-commerciale (aucun
produit dérivé !), traitant d'un sujet grave avec lucidité et sans compromis.
Attention il s'agit d'un coup de poing que l'on prend sans prendre gaffe et dont
la noirceur est un abîme. Rarement une série avait été aussi loin sur la
tragédie de la guerre, celle des enfants utilisés et sacrifiés pour des
causes totalitaires et premières victimes de conflits meurtriers. Non, ce n'est
pas de la science fiction car les auteurs n'ont fait que décalquer la réalité.
Rappelons quelques faits...
En décembre 2002, les Nations Unies ont fait un rapport alarmant
concernant les enfants soldats. Leur conclusion est la suivante : "Les
enfants sont les premières victimes de la guerre. Soldats, espions, messagers,
esclaves domestiques et sexuels. Ces dix dernières années, deux millions d´enfants
ont été tués dans des conflits, six millions gravement blessés, un million
sont devenus orphelins et plus de 20 millions ont été déplacés à travers le
monde." En ce moment même, près de 300 000 enfants de moins de 18 ans
sont enrôlés de force. Ce rapport dénonce clairement le continent africain,
dont 4 pays en particuliers engagés dans des luttes intestines : le Burundi, la
République Démocratique du Congo, le Libéria et la Somalie. Les auteurs ont
aussi puisé dans l'exemple des jeunesses Hitlériennes sacrifiées. Dès 1933,
l'Allemagne nazie a instruit ses jeunes têtes dans l'unique pensée nationale -
socialiste. Leur faire comprendre et croire que leur cause était
"juste", l'obéissance et le sacrifice, l'adoration du Führer, telles
sont les valeurs transmises. Lorsque fin 1944, la guerre est quasiment perdue
pour les nazis, l'état majeur constitue une dernière unité spéciale afin de
barrer la route aux alliés. Manipulés et conditionnés avant d'être jetés
sur le front, telle fut l'infamie commise par le IIIème Reich, tuer ses propres
enfants.
L'autre monde est donc une série
pédagogique, invitant à la réflexion, de part l'incroyable sensibilité du
sujet qu'elle aborde, l'innocence sacrifiée. Ainsi le meurtre, la torture et le
viol sont traités avec une sécheresse et une rigueur qui forcent le respect.
Jamais le réalisateur Akitaroh Daichi et le scénariste Hideyuki Kurata ne
tombent dans le tape à l'œil, le racolage, le vulgaire de telles situations,
ce qui eût été très facile. La mise en scène est sobre, le découpage sec
et chaque personnage est développé avec soin, sans gros clichés, ce qui les
rend humains avec leur générosité et leurs faiblesses. On peut vous assurer
qu'aucun d'entre eux ne meurt inutilement. Disons que la mort n'est pas ici représentée
comme un artifice facile et spectaculaire. Elle porte un vrai sens émotionnel,
véhiculant un profond sens de valeurs universelles. Par exemple, Nabuca, soldat
de 14 ans a été enlevé très jeune de son village. En espérant gagner la
guerre au plus vite, il croit qu'il pourra rentrer chez lui afin de retrouver sa
famille. Il n'apprendra qu'au dernier épisode que son dévouement n'aura servi
à rien car une fois les enfants embrigadés, les villages sont rasés sous les
bombes. Le cas du jeune Boo, ayant 9 ans, est tout aussi touchant. Se cherchant
un modèle, il tente de s'accrocher à Nabuca mais finit par croire en Shû qui
défie sans cesse ce système militariste. Non forgé pour de telles épreuves,
il sera une victime tragique, abattue d'une main innocente, celle de Soon
tentant de protéger ses amis. La guerre salit toutes ses petites mains pour les
plonger dans le sang. Pas de doute, "the world is beautiful !".
Psychologiquement, la série est très dure. Avoir le courage
de la suivre jusqu'au bout, c'est arriver finalement à une magnifique lueur
d'espoir. On ne peut que saluer l'audace de Pioneer L.D.C. et la qualité du
travail du studio A.I.C. Rarement des personnages de celluloïd nous ont autant
émus, alors que leur condition de dessins les condamne à n'être qu'un trait,
de la gouache posée sur une feuille. Ceux de L'autre monde
touchent donc au cœur. Le film live a pour lui des acteurs de chair et de sang.
Après la prestation, les acteurs quittent le plateau et la vie continue. Les
personnages de séries animées n'ont pas cette opportunité, ils font
totalement corps au récit, ils n'ont d'autres vies propres que celles pour
lesquelles ils ont été animés et cette fatalité s'ajoute à une liste déjà
bien pesante. Apposant la touche finale à cette série unique, n'oublions pas
le score composé par Taku Iwasaki, tour à tour mélancolique, inquiétant et dépaysant.
La phrase clef est prononcée par Sis, femme
au grand cœur, recueillant ces orphelins de l'humanité : "Aucun enfant
ne naît pour être haï." Comment ensuite ne pas comprendre que cette
oeuvre est d'utilité publique. Montrez-là à vos amis, à vos parents et à
vos enfants (si, si vous le devez), bref criez-le sur les toits pour qu'elle
sorte enfin de l'oubli. Cela semble tellement important que l'achat du coffret devrait être
remboursée par la Sécurité Sociale !
Avec tout ça, on oublierait presque que la série
véhicule aussi un message écologique. Lala Ru représente clairement la
conscience de la Terre. Une terre si souvent piétinée, salie et détruite pour
qu'elle délaisse de son propre aveu les hommes qui la foulent. A méditer... Cédric
Gentaz
L'autre monde (Now and there, here and then) est
disponible en coffret 3 dvd chez Déclic images. L'image, le son et les bonus
sont plus que corrects. La série est en VOST. On vous conseille également
l'excellente BO disponible dans les boutiques d'imports.
Guide des
épisodes 1 à 3
Guide des
épisodes 4 à 6
Guide des
épisodes 7 à 9
Guide
des épisodes 10 à 13