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THE WRONG MAN (LE FAUX COUPABLE)
La machine à broyer Dans le prologue de The Wrong Man, Alfred Hitchcock annonce que le film est tout à fait différent de ses précédentes oeuvres de par la véracité des faits qui y sont relatés (l'affaire Balestrero se déroula effectivement à New York en 1953). Le maître du suspense tenait à le réaliser quitte à dérouter son public car il renvoyait paraît-il à sa peur de l'incarcération (Hitchcock aurait été enfermé par son père dans un commissariat en guise de punition lorsqu'il était enfant, ce qui l'aurait marqué profondément). Il ne perçut pas de salaire mais seulement 10% des recettes, et choisit de le tourner à la manière d'un documentaire en se rendant sur les lieux des faits et en choisissant de nombreux acteurs peu connus (certains d'entre eux furent même liés à l'affaire). Simplement, histoire de ménager un très léger suspense au film (que le titre limite déjà beaucoup), Hitchcock écarta pour son film certaines preuves de l'innocence de Balestrero, un monsieur-tout-le-monde plongé brutalement dans des aventures peu banales consécutives à une erreur humaine (point de départ entre-autres de North by Northwest/La mort aux trousses du même cinéaste). Dans The Wrong Man, la justice (véritable "machine à broyer" selon le présumé coupable) s'acharne sur "Manny" Balestrero. "Quand on est innocent, on n'a rien à redouter des policiers", "Un innocent n'a rien à se reprocher", lui déclare le policier qui l'interroge; paradoxalement, le malheureux musicien va connaître les affres de la garde à vue, de la prison, des tribunaux, puis voir s'écrouler son couple, tout ça parce qu'on l'a pris pour quelqu'un d'autre (le film adopte dans sa conception le point de vue de l'accusé plutôt que celui de l'enquêteur, et utilise souvent le procédé de "caméra subjective"). Reconnaissons au film sa belle distribution : Henry Fonda, bien qu'un peu âgé pour le rôle de Balestrero (qui est censé avoir trente-huit ans alors que Fonda en a cinquante passés au moment du tournage), colle mieux que quiconque à un personnage de citoyen honnête et tranquille, mari et père de famille exemplaire, sur qui le malheur éclate sous sa forme la plus inattendue. Ce fut l'unique collaboration entre les deux hommes, tandis que Vera Miles (interprète de Rose Balestrero), qui livrait ici une belle composition en épouse sombrant dans la démence devant les évènements, devint la nouvelle "préférée" du cinéaste après Grace Kelly (elle faillit jouer dans son film suivant, Vertigo/Sueurs froides, puis décrocha le rôle de la sœur de Janet Leigh dans Psychose en 1960). Quant au comédien britannique Anthony Quayle qui personnifie l'avocat en aide aux Balestrero, il démarrait véritablement avec ce film une belle carrière de second rôle. La fin du film (l'ajout du petit texte) fut rendue moins tragique pour des questions de popularité auprès du public. Les quelques grosses ficelles de l'intrigue ne nuisent pas trop à ce drame de facture correcte, en marge de l'œuvre du maître tout en se plaçant au-dessous du palpitant The Paradine Case (Le procès Paradine) du même réalisateur (1947). Emmanuel Coll
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