SOYLENT
GREEN (SOLEIL VERT)
1973, U.S.A., de
Richard Fleischer, avec Charlton Heston, Edward G. Robinson, Chuck Connors,
Leigh Taylor-Young, Joseph Cotten...
Pitch : En 2022, dans un New York surpeuplé et pollué où la seule
nourriture bon marché se présente sous forme de petits carrés soi-disant
constitués de produits de la mer ou de végétaux, Thorn, un policier, tente d'élucider
le meurtre d'un riche politicien et fait éclater au grand jour un horrifiant
secret gouvernemental...
Le
futur, vous le voyez comment ?
Soylent Green de Richard Fleischer s'ouvre sur une succession
d'images présentant les avancées de l'industrie au cours du vingtième siècle,
ce que l'on voit alors comme le progrès dégageant en contrepartie une
pollution considérable dont peu de gouvernements se préoccupent. Le film fut
tourné en 1972 et se déroule cinquante ans plus tard, dans une mégalopole où
le milieu animal, la végétation, les océans ont cessé d'exister par la faute
des hommes, l'immense population vit entassée dans des habitations misérables
(ou même dehors) dans un climat étouffant et un brouillard jaunâtre
permanent. Ce que le progrès devait apporter de confort n'existe plus : les
seules personnes ayant un travail peuvent se permettre d'avoir la télé mais l'électricité
et l'eau courante ne sont réservées qu'à quelques privilégiés. Côté
alimentation, ont disparu riz, oeufs, viande ou encore alcool, la très grande
majorité des habitants doit se contenter (cela dit, ils n'ont souvent connu que
ça) de "soleil rouge" ou "soleil vert", vendus à bas prix
dans la rue aux gens munis souvent de masques à cause de la pollution. Comme si
le monde vivait en temps de guerre ou avec le confort propre à un siècle passé,
mais avec en supplément tous les dégâts écologiques causés lentement par le
modernisme. La dignité humaine en a pris un coup également : les forces de
police chassent les émeutiers à l'aide de tracteurs... A ce scénario
catastrophe s'ajoutent les évolutions sociales, comme le traitement des femmes
qui sont appelées "mobilier", ce qui se passe de commentaires.
Dans cette ambiance qui n'est d'ailleurs pas si improbable à
long terme et laisse à réfléchir (population sans cesse en augmentation,
pollution, récentes polémiques sur l'alimentation, réchauffement de la planète...),
le meurtre d'un riche politicien nommé Simonson va entraîner le policier Thorn
(Charlton Heston) vers une découverte des plus horribles. Il est aidé dans ses
investigations par un vieux bibliothécaire nommé Sol (Edward G. Robinson), dégoûté
par tout ce qui l'entoure d'autant que lui a connu beaucoup plus jeune le monde
dans lequel nous vivons actuellement, et dont la nostalgie irrite quelque
peu Thorn ("Oui je sais, les hommes étaient mieux avant...", ce à
quoi Sol rétorque "Oh non les hommes ont toujours été moches, mais le
monde, lui, était beau"). Rappelons-nous l'émotion de Sol lorsque ce
dernier découvre un morceau de boeuf que lui a rapporté Thorn et retrouve le
plaisir d'un vrai repas tout en le faisant partager à Thorn émerveillé. La scène
de la lente agonie de Sol dans le foyer, devant un défilement d'images d'
"archives de la Nature" sur fond de musique classique, représente
sans doute l'une des meilleures fins de carrière pour un acteur de la trempe d'Edward
G. Robinson, décédé début 1973 et dont Soylent Green fut le
dernier film. L'oeuvre se situe également parmi les tout meilleurs films de
Charlton Heston (belle performance à une époque où sa filmo s'orientait vers
les films-catastrophe conventionnels) et du réalisateur Richard Fleischer (né
en 1916, à qui l'on doit quelques films d'aventures ou policiers à grand succès,
comme 20000 Leagues Under the Sea/Vingt mille lieues sous
les mers, The Vikings, Barabbas, Fantastic
Voyage, The New Centurions/Les flics ne dorment pas
la nuit pour ne citer que ceux-là).
Soylent Green se place
incontestablement parmi les films d'anticipation les plus pessimistes (la fin
nous laisse dans le doute, concernant l'avenir de Thorn et la dénonciation ou
non de ses découvertes...) et les plus réussis du cinéma (et où étaient les
Oscars en 1973 pour passer complètement à côté ?). L'enquête policière ne
manque pas de rythme et surtout la peinture du monde dans tout son chaos écologique
et sa misère profonde n'exclut pas une certaine vraisemblance. Sans aller
jusqu'à des prédictions aussi extrêmes pour les cinquante prochaines années,
le message du film suggère que l'avenir de la planète et de l'humanité, au
risque de radoter, reste quand même l'affaire de tous, et des dirigeants du
monde en particulier... Emmanuel Coll