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SIMPLE MORTEL
France, 1991, de Pierre Jolivet, avec Philippe Volter, Christophe Bourseiller, Nathalie Roussel, Roland Giraud, Marcel Maréchal...
Pitch : Après avoir accompagné à l'aéroport son amie Brigitte, qui part à Rome pour un séminaire, Stéphane Marais, passionné par son travail de recherches sur des langues anciennes, est surpris d'entendre son auto-radio lui délivrer un message personnel en Teangorlach, gaélique ancien qu'il est l'un des seuls à comprendre. Il croit à une blague d'amis qui auraient ingénieusement trafiqué l'appareil. Mais le message est renouvelé, pressant et menaçant, insistant sur la nécessité de n'en parler à personne. Puis il ne peut contrôler sa voiture qui, les freins lâchant, s'écrase sur un pilier de parking souterrain. Les messages reprennent, lui annonçant que cela n'était qu'un avertissement...

 

Vocis potentia

    Quatrième long métrage de Pierre Jolivet (après Strictement personnel, Le complexe du kangourou et Force majeure), Simple mortel est un film atypique. Tout d'abord parce qu'il s'inscrit dans le genre fantastique tout en étant français, preuve que la rencontre des deux n'était pas inconcevable au début des années quatre-vingt dix. Ensuite parce qu'il est volontairement dépourvu d'effets spéciaux et s'avère malgré tout très réussi. D'ailleurs, s'il joue sur une économie de moyens, Simple mortel n'a absolument rien à envier aux films américains relevant du genre fantastique de ces trois dernières décennies. Il fut même question durant un temps que l'Amérique en achetât les droits pour en faire un remake. Tel le Invasion of the Body Snatchers de Don Siegel auquel il fait largement référence dans sa forme, le charme de Simple mortel repose sur son refus de céder au voir pour privilégier l'ouïr. En effet, jamais il ne sera question d'un extraterrestre à l'image et seule une voix se fera entendre par le biais de fréquences radio, voix que le protagoniste masculin du film incarné par un toujours aussi remarquable Philippe Volter semble être l'un des rares à pouvoir déchiffrer à travers sa maîtrise du gaélique ancien. 

    La manipulation à laquelle doit se résoudre le héros passe donc par les mots. Pierre Jolivet met alors en jachère un fantastique visuel pour lui préférer une inquiétante étrangeté. Cette voix qui vient de l'ailleurs impose son contrôle. Elle devient l'élément moteur de ce film fantastico-ludique. L'autre, l'extraterrestre, s'amuse à livrer des énigmes toujours plus difficiles au héros qui doit finir par se résigner à les résoudre. L'idée d'une voix omnisciente, qui voit tout et peut manifester une emprise sur les événements, revêt ici un caractère totalement languien à travers le souvenir du docteur Mabuse. Cette voix se joue de l'espace qui échappe au protagoniste, disparaît et surgit à nouveau à ses dépens. Jolivet fait un pied de nez aux superproductions fantastiques américaines qui reposent toutes sur le modèle du voir (celui de la transformation). Le voir devient ici pour Stéphane Marais, le héros, une punition qui vient donner crédit à la voix qui l'avait prévenu. Ainsi apprend-il à travers la mise en marche spontanée d'un écran de télévision, alors qu'il a refusé de résoudre une énigme, la mort de spectateurs hispaniques dans l'étrange incendie d'un cinéma (autre clin d'œil du futé du cinéaste qui rappelle que la croyance est un enjeu à ne pas négliger dans l'art cinématographique et en particulier dans le genre fantastique). 

    De plus, à travers l'utilisation d'une langue morte (un dérivé du gaélique, le teangorlach, pour être précis) par un prétendu peuple extraterrestre plus évolué que les humains, Simple mortel s'inscrit dans le registre de la tradition légendaire relayé par le parchemin. L'on pense évidemment à des films de séries B tels que Night of the Demon de Jacques Tourneur où l'écrit appartient à un passé chargé de forces dépassant le rationnel et créant au sein d'une réalité un dérapage quasi incontrôlable. Pierre Jolivet a par ailleurs parfaitement mis en évidence la chute d'un homme dans la paranoïa en opposant savamment un monde hyperréaliste filmé avec beaucoup d'attention et des enjeux trop délirants pour ne pas être sujets à caution. Cette distorsion confère à Simple mortel toute sa grâce. Ajoutez à cela un rythme en crescendo, une véritable dimension poétique mais aussi mystique et la présence d'un Christophe Bourseiller, acteur aujourd'hui devenu écrivain mais jadis préposé à des rôles d'étudiant très politisé mais généralement frustré sexuellement dans maints navets du débuts des années quatre-vingts (Un éléphant ça trompe énormément, pour n'en citer qu'un) et l'on obtient un film plus qu'intéressant même si délaissé par la critique et le public au moment de sa sortie. Dont acte, le film est actuellement visible sur la chaîne câblée CinéCinémas. Vous savez donc ce qu'il vous reste faire. Michel Marques

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

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