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PORTRAIT OF A LADY (PORTRAIT DE FEMME)
1996, U.S.A., de Jane Campion, avec Nicole Kidman, John Malkovitch, Barbara Hershey, Mary-Louise Parker, Martin Donovan, Shelley Winters, Shelley Duvall, Viggo Mortensen...
Pitch : en 1872, à la mort de ses parents, Isabel Archer, une américaine, est recueillie par ses cousins anglais, les Touchett. Elle les surprend par sa liberté de ton et surtout par son esprit d'indépendance. C'est ainsi qu'elle refuse successivement les propositions de mariage pourtant financièrement fort avantageuses de lord Warbuton et de Caspar Goodwood, un richissime admirateur qui a traversé l'Atlantique pour déposer son amour et sa fortune à ses pieds. Mais Isabel a d'autres centres d'intérêts.

 

Vengeance de femme

    Le roman Portrait de femme, écrit à la fin du XIXème siècle par Henry James, ne pouvait laisser insensible une réalisatrice aussi fine et subtile que Jane Campion. Cette œuvre littéraire, riche et colossale, présentait toutes les qualités d'une narration bien menée, simple et claire -adjectifs peu adéquats lorsqu'on évoque habituellement la bibliographie de l'écrivain américain. Ici, point de demi mots, de clair-obscurs ou de non-dits : nous pénétrons entièrement dans l'univers tortueux d'Isabelle Archer, l'héroïne du récit. Jane Campion pouvait s'atteler à une adaptation autrement plus intéressante et fouillée qu'en filmant The Piano Lesson (La leçon de piano, 1993), d'une grande indigence scénaristique et psychologique. Portrait of a Lady, le film, saisit d'emblée par sa maîtrise, son étrangeté et sa délicatesse. Henry James se trouve résumé ici et qui, hormis Jane Campion, pourrait aujourd'hui se targuer de savoir transposer l'intransposable, ce monde de l'indicible et du dissimulé où les êtres tiennent des conversations déroutantes qui n'ont de sens que pour eux mêmes puisqu'ils en détiennent les clefs ? Portrait of a Lady est cependant l'une des œuvres les plus limpides de l'écrivain ; le style est sobre et la trame très logique. Jane Campion s'en est magnifiquement emparée en y distillant toute sa poésie des images : elle enveloppe d'une caméra virevoltante et amoureuse le couple Isabel Archer (Nicole Kidman) et Gilbert Osmond (John Malkovitch) et donne une place particulière et privilégiée à l'ombrelle de la fille lors de la scène des aveux à Florence. Le raffinement est tel que ce genre de scène conventionnelle de déclaration d'amour nous envoûte et nous captive, tout comme l'héroïne, jeune américaine naïve dont on suit pas à pas les aventures avec une identification consentie. 

    Les deux acteurs suivent une évolution tout à fait exceptionnelle dans leur jeu : Nicole Kidman campe d'abord une jeune demoiselle d'Albany assoiffée de découvertes et de voyages qui se concrétiseront suite à un héritage inespéré. Devenue un parti très alléchant, la voilà la proie d'un artiste oisif et cynique, joué par John Malkovitch (qui nous refait ici son Vicomte de Valmont), dont le but sera de s'élever à tout prix dans le monde sous ses faux airs de gentleman à principes. Tout l'intérêt repose sur les confrontations des deux acteurs, dont la direction fut remarquable : les premières scènes opposent l'innocence, la joie de vivre, l'extrême désir d'indépendance d'Isabel au savant et froid calcul de Gilbert dont on se sait encore si la duplicité se mêle à un quelconque sentiment d'amour. Puis les caractères se précisent : en une ellipse, la réalisatrice nous plonge quelques années plus tard dans une austère demeure, celle des Osmond, où Gilbert règne en maître tyrannique et ambitieux. Le visage de ce dernier, glacial et impénétrable, contraste de façon saisissante avec celui d'Isabel, pâle et tourmenté, rehaussé par une robe noire d'un deuil désormais consommé. Elle a compris mais il est déjà trop tard... L'issue consistera alors en une fuite de quelques jours chez son ami mourant Ralph (Martin Donovan), à qui elle doit sa fortune. Elle n'aura pas su saisir la chance qu'il lui avait offerte dans un geste de renoncement et de générosité absolus et l'avait toujours ignoré jusque là. Lors d'une scène bouleversante, allongée auprès de lui sur le lit quasi mortuaire, elle dépose les armes de son orgueil et lui livre entre deux sanglots tous ses regrets. Elle réalise enfin que c'est cet homme qu'elle presse contre son cœur qu'elle aurait dû aimer, cet homme phtisique, impuissant à vivre le bonheur mais qui avait tant à lui donner. Mais qu'avait à faire Isabel Archer de vertus comme la sagesse, la bonté ou la sérénité auprès de l'existence brillante et étourdissante que lui proposait Gilbert Osmond ? Résolu à jouer dans l'ombre le rôle pour le moins ambigu, il est vrai, d'arbitre de sa vie, Ralph s'est alors éclipsé et l'a observée mourir en même temps que lui...

    Le roman roman de Henry James propose un dénouement bien plus sombre que le film de Jane Campion : si l'héroïne du roman revient s'enfermer dans sa prison dorée auprès d'un époux qui étouffera peut-être définitivement son restant de liberté et de dignité, la réalisatrice nous ménage une surprise de taille : après la mort de Ralph, un ancien prétendant supplie Isabel d'en finir et de la suivre. Celle-ci refuse, s'enfuit à travers la neige vers une porte fermée, dans un effet de suspense et de tragique très réussis puis se tourne face à la caméra. Belle note d'espoir final pour cette héroïne déchirée par le poids des conventions sociales et patriarcales... Comme à toutes les héroïne de ses films, Jane Campion lui aura donné sa revanche. Corinne Marques

 

 

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