CINÉMA

FILMS TV SÉRIES TV NANARS DOSSIERS BRÈVES de comtoir
                         INTERVIEWS DVD AUTOPSIE ABÉCÉDAIRE RÉDACTION PAGE d'ACCUEIL

■   ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■  

 

L'AINE DES FERCHAUX
France, 1963, de Jean-Pierre Melville, avec Jean-Paul Belmondo, Charles Vanel, Michèle Mercier, Malvina, Stefania Sandrelli, Todd Martin...
Pitch : Michel Maudet, un jeune boxeur, renonce à sa carrière sur les conseils de son manager après une nouvelle défaite. Suite à la lecture d'une annonce dans le journal, il devient le secrétaire et le chauffeur de Dieudonné Ferchaux, un riche banquier de soixante-dix ans contraint de s'exiler en Amerique à cause d'un scandale...

 

Le vieux roublard et son disciple

    Si L'Aîné des Ferchaux n'est pas considéré parmi les chef-d'œuvres du réalisateur Jean-Pierre Grumbach (1917-1973) qui prit le patronyme de Melville en hommage à l'auteur de Moby Dick, il possède pourtant un charme indéniable dû à la forte relation qui s'installe entre les deux personnages principaux : deux générations différentes pour deux caractères solides et semblables qui doivent cohabiter pendant un long et périlleux périple. Le premier, Michel Maudet (Jean-Paul Belmondo, qui tournait déjà pour la troisième fois avec Melville après Léon Morin, prêtre en 1961 et Le Doulos en 1962), est un jeune boxeur qui n'arrive pas à s'imposer dans ce milieu malgré son tempérament fougueux. Sans un sou, il répond à une proposition d'emploi de secrétaire particulier pour un homme mystérieux qui s'avère être après enquête Dieudonné Ferchaux (Charles Vanel), un grand banquier souhaitant quitter le pays au plus vite à cause d'un scandale de nouveau à la une (trente ans plus tôt, Ferchaux avait tué trois Noirs en Afrique). Lors de la rencontre avec le vieil homme rusé et impassible, Maudet raconte quelques mensonges pour obtenir le boulot (il cache par exemple son ancien emploi de boxeur) et Ferchaux l'engage sans avoir cru ce que le jeune homme disait... Davantage fasciné qu'intrigué par son riche employeur, Maudet abandonne alors sa petite amie sans explication et suit Ferchaux dans son exil aux États-Unis...

    Dans la première partie, Maudet observe son patron avec tout le respect du jeune apprenti devant le "vieux de la vieille" qui, derrière la façade froide et rude du vétéran de la finance, se révèle un brin paternel, prodiguant quelques conseils à son secrétaire qui lui sert également de chauffeur et sans doute aussi de garde du corps (ce n'est pas pour rien que Ferchaux a accepté d'engager un boxeur...). Pendant les longs trajets en voiture aux États-Unis, c'est dans un premier temps Maudet qui est impressionné par Ferchaux puis, après une brève altercation avec deux jeunes soldats de l'armée américaine dans un snack-bar, l'inverse se produit : Maudet a gagné par son audace l'estime (sans doute difficile à obtenir) du vieil homme, qui hésite à le classer entre deux des trois catégories qui distinguent les êtres humains selon lui : les léopards et les chacals, la dernière catégorie étant les moutons... Pas étonnant que le film se déroule aux États-Unis puisque L'Aîné des Ferchaux semble parfois renvoyer discrètement au genre du western : le respect mutuel entre les deux personnages masculins gagné par un acte viril, le propos misogyne du film (atténué par le générique qui présente d'abord toutes les actrices après les noms de Belmondo et Vanel), les scènes de bar et de parties de cartes, quelques références musicales également... D'ailleurs, Melville aurait voulu un acteur américain à la forte personnalité pour tenir le rôle de Ferchaux : Spencer Tracy lui-même...

    Sans doute Ferchaux s'est-il compromis en accordant trop vite son respect et sa confiance envers Maudet qui dès lors va s'imposer chef du tandem, son effronterie le menant à désobéir à son patron en recueillant une auto-stoppeuse (une actrice italienne débutante : Stefania Sandrelli) et louchant sur la valise de Ferchaux contenant cent mille dollars. Les rôles sont inversés : ce dernier attend dans la voiture pendant que Maudet et la jeune femme font une petite escale et partent se baigner ! Rusé, le vieux banquier tentera de garder le contrôle de la situation puis tombera malade (serait-ce une feinte ?), espérant susciter la pitié de Maudet pour qu'il reste à ses côtés au lieu de sortir la nuit. Réfugiés tous deux sous le climat tropical de la Nouvelle-Orléans, leur relation prendrait en effet une tournure homosexuelle si Maudet ne préférait les filles (notamment une belle strip-teaseuse jouée par la future Angélique, Michèle Mercier, elle aussi quasi débutante). Finalement, le respect l'emportera sur l'appât du gain malgré une fin dramatique. Adapté de l'oeuvre de Georges Simenon, mené comme un film d'aventures, L'Aîné des Ferchaux est un très bon Melville qui se voit et se revoit avec plaisir, rehaussé par la musique de Georges Delerue côtoyant du Sinatra ou du Presley. Un remake en fut tourné pour la télévision en 2000 avec Belmondo tenant cette fois le rôle de Ferchaux et Samy Naceri à ses côtés. Emmanuel Coll



N.B. Cycle Jean-Pierre Melville en juin 2002 sur les chaînes Canal + avec la diffusion de presque tous ses films.

 

 

■   ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■

Copyright © 2004 - Tous droits réservés : Siteducinephile@aol.com   

 

quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  Écrans pour Nuits Blanches