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KISS OF DEATH (LE CARREFOUR DE LA MORT)
Le meilleur du film noir A une époque où le film noir connaissait une grande popularité à Hollywood avec Bogart, Cagney ou Mitchum, Kiss of Death s'imposa en 1947 comme l'une des grandes réussites du genre. Il me tardait donc qu'une chaîne comme Ciné Classics le diffuse pour m'en rendre compte et effectivement, de tels éloges sont mérités. Le sérieux penchant d'Henry Hathaway pour le cinéma d'action (et son savoir-faire en ce domaine) se devine très vite au vu d'une filmographie où l'on trouve The Lives of a Bengal Lancer (Les trois lanciers du Bengale), Niagara, Prince Valiant ou des westerns avec John Wayne (True Grit/Cent dollars pour un shérif). Le cinéaste décida d'imprégner au polar une dimension toute particulière, peu courante jusqu'alors, en privilégiant au maximum le réalisme propre au documentaire (tournage de certaines scènes dans des décors bien réels de New York, quasi absence de fond musical pour souligner les temps forts). Cela n'affecte en rien la tension dramatique et le suspense présents dans l'œuvre. Hitchcock lui-même réalisera quelques années plus tard The Wrong Man (Le faux coupable) avec la même approche qu'Hathaway. Le "héros" de Kiss of Death n'est, de plus, ni un flic ni un gangster traditionnel mais un père de famille qui franchit le seuil de la légalité pour nourrir son petit monde. Attentif et tendre avec ses deux petites filles, Nick Bianco possède en même temps un sacré sens de l'honneur et respecte coûte que coûte la "loi du milieu" (qui interdit de dénoncer d'autres bandits) même au détriment des siens, s'attirant du même coup le respect et la sympathie d'un truand complètement fou nommé Tommy Udo. Ce n'est que lorsque le drame survient (la mort de sa femme) que Bianco pense enfin à se ressaisir. Victor Mature ("Doc" Holliday dans My Darling Clementine/La poursuite infernale de John Ford, le Samson de Samson and Delilah de Cecil B. DeMille) que l'on reconnaît à son regard bouleversant et fatigué prête ses traits au personnage principal, qui suscite très vite notre sympathie malgré toute l'ambiguïté de sa relation avec la police, mais comme le dit le procureur Di Angelo joué par Brian Donlevy, un père de famille ne peut être foncièrement mauvais. Ce n'est pas le cas du méchant de service, Tommy Udo, un tueur psychopathe qui ne fait pas dans la nuance et reste dans les mémoires des cinéphiles pour son rire diabolique (vive la version originale, elle permet d'en profiter pleinement !) et la scène où il pousse une vieille femme en fauteuil roulant dans les escaliers. Richard Widmark, alors âgé de trente-trois ans et dont ce fut le tout premier film, s'imposa sans difficulté avec cette impressionnante composition qui évitait tout ridicule (la dernière scène du film vaut également le détour). Une nomination à l'Oscar du meilleur second rôle ainsi qu'une belle et longue carrière s'ensuivirent pour ce remarquable comédien. Amateurs du genre, ne passez pas à côté de ce polar sombre mêlant action, suspense et tendresse (avec la charmante Coleen Gray), qui valut également à Karl Malden l'un de ses premiers rôles importants (celui d'un policier). Il donna lieu à plusieurs remakes assez libres (un western de Gordon Douglas, The Friend Who Walked the West en 1958, Kiss of Death de Barbet Schroeder avec Nicolas Cage et Samuel L. Jackson en 1995) et à de nombreux clins d'oeil dans divers films tant il est devenu une référence. Emmanuel Coll
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