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NUOVO
CINEMA PARADISO (CINEMA PARADISO)
1989,
Italie/France, de Giuseppe Tornatore, avec Philippe Noiret, Salvatore Cascio,
Jacques Perrin, Antonella Attili, Marco Leonardi, Agnese Nano, Leopoldo
Trieste...
Pitch : Salvatore, célèbre cinéaste d'une petite cinquantaine
d'années, apprend un soir à Rome la mort d'un certain Alfredo. Il se remémore
alors toute sa jeunesse dans un petit village de Sicile, de sa rencontre avec
Alfredo, projectionniste dans la salle baptisée "Cinema Paradiso",
qui va lui faire aimer le septième art et lui enseignera même son métier, à
Elena, son grand amour d'adolescence...
Nostalgie,
quand tu nous tiens...
"Je
choisis mes amis pour leur aspect, et mes ennemis pour leur intelligence."
Alfredo parlant à Salvatore dans Cinema Paradiso
Avec Cinema Paradiso, le cinéaste d'origine sicilienne Giuseppe
Tornatore (né en 1956) signait son deuxième long métrage après Il
Cammorista (1986). Grand succès public, il remporta également le Prix
Spécial du Jury à Cannes (ex-aequo avec Trop belle pour toi de
Bertrand Blier) et l'Oscar du meilleur film étranger. Nostalgie, cinéma,
nostalgie du cinéma doublée d'une évocation pleine de tendresse et d'humour
de l'enfance par un metteur en scène qui commença par photographier sa terre
natale avant de la filmer, Cinema Paradiso sort dans les salles à
la fin des années 80, au terme d'une décennie de crise dans le cinéma
italien, que le manque de renouvellement des cinéastes et des acteurs (malgré
un Moretti et un Benigni) et l'omniprésence de la télévision ont manqué de
conduire à sa perte.
Le parallèle entre le film de Tornatore évoquant (tout
comme Splendor d'Ettore Scola la même année) la fermeture d'un
petit cinéma, et la situation du cinéma italien d'alors paraît donc assez
vraisemblable. Mais c'est le septième art tout entier, et pas seulement
italien, qui fait l'objet d'une rétrospective filmée de façon plutôt
fantaisiste, alors que Salvatore (Jacques Perrin) voit défiler toute son
enfance en une nuit. Des succès de Jean Gabin des années 30 à ceux de
Brigitte Bardot, de Clark Gable à Kirk Douglas, du comique Toto (il s'agit également
du surnom de Salvatore enfant) à Amedeo Nazarri, de nombreux extraits de films
illustrent plus de vingt ans de cinéma dans la petite salle de projection d'un
village de Sicile, unique grande distraction de ses habitants, hélas un peu
"maltraitée" par le curé qui censure excessivement toutes les scènes
d'amour avant de devoir s'incliner lorsque la salle passe entre d'autres mains
(des mains de cinéphile heureusement...). Les personnages insolites qui
peuplent le village apportent donc cette fantaisie mentionnée plus haut, mais
Tornatore rappelle également que le cinéma ne se limite pas à un simple
divertissement : souvenir inaltérable d'une rencontre pour Salvatore (celle
d'Elena, son premier amour, qu'il filma adolescent), il peut parfois (comme pour
Alfredo, le projectionniste (Philippe Noiret), citant fréquemment des répliques
de films qui l'ont marqué) nous mener à la réflexion et influencer notre
esprit.
Il émane de Cinema Paradiso une nostalgie
certaine mais assez contradictoire. Alfredo, cinéphile passionné sommeillant
derrière l'allure un peu bourrue du projectionniste exerçant un métier éprouvant,
transmet au petit Toto (qui vit avec sa mère, son père étant mort au combat)
sa passion pour le grand écran mais l'engage aussi fortement, une fois adulte,
à quitter le village pour ne plus y revenir, à délaisser un métier sans
avenir pour une carrière plus glorieuse à Rome ("Je ne veux plus
t'entendre parler, juste entendre parler de toi" déclare Alfredo au
jeune homme). Cette farouche "anti-nostalgie" sera bien transmise à
Salvatore qui ne reviendra plus au village jusqu'à la disparition d'Alfredo au
bout de trente ans... C'est alors seulement que la nostalgie s'installe, lorsque
Salvatore retrouve ceux qu'il a connus (dont sa vieille mère), ses bobines de
films, son vieux cinéma maintenant délabré. Et il se demande, un peu tard,
s'il n'aurait pas dû revenir au village pendant toutes ces longues années, se
reprochant de mal connaître ses proches, regrettant de ne pas avoir revu
Alfredo de son vivant...
J'émettrai une petite critique concernant la version exploitée
de deux heures de Cinema Paradiso (qui durait à l'origine près
de trois heures) : Tornatore privilégie les scènes de complicité entre
Alfredo et le jeune garçon, et donc l'histoire d'amour entre Salvatore et Elena
en pâtit un peu, surtout son issue, assez brutale (dans la version longue, on
retrouvait Elena des années plus tard, incarnée par Brigitte Fossey). Mais
cette oeuvre attachante vaut par quelques moments drôles ou émouvants d'une
grande saveur, d'autant que les acteurs sont impeccables, notamment le jeune
Salvatore Cascio et Philippe Noiret dans un registre où il excelle. Le musicien
Ennio Morricone démontre une nouvelle fois son immense talent dans tous les
genres, et pas seulement le western. Giuseppe Tornatore a depuis réalisé six
films entre 1990 et 2000 (le dernier étant Malèna avec Monica
Bellucci), sans retrouver un succès comparable à Cinema Paradiso.
Emmanuel Coll
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