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CASABLANCA
Œuvre de propagande devenue chef-d'œuvre Tourné entièrement à Hollywood en 1942 (peu avant que les Alliés ne débarquent en Afrique du Nord), Casablanca s'inscrit à la fois parmi les plus grands films de propagande jamais réalisés et au fil des années, est devenu un chef-d'œuvre du cinéma et un film culte pour une génération qui l'a découvert dans les années 60 dans un contexte de "guerre froide". Michael Curtiz, qui a laissé dans une abondante filmographie des classiques comme Captain Blood ou The Adventures of Robin Hood avec Errol Flynn, s'est révélé le cinéaste idéal pour ce film d'aventures mâtiné de romantisme et dépeint merveilleusement la ville marocaine où se déroule l'action. Contrairement à Pearl Harbor (Michael Bay, 2001) dans lequel la mièvre histoire d'amour est légèrement compensée par quelques scènes d'action époustouflantes, ici Curtiz ne mise bien sûr pas sur les effets spéciaux puisqu'une bonne partie de Casablanca se déroule dans la boîte "Chez Rick, Café Américain" dirigée donc par Rick (Humphrey Bogart), homme cynique et désabusé qui se dit politiquement neutre et non résistant alors que sa clientèle se compose surtout de gens qui fuient le régime nazi. Un de ceux qui ne croient pas à la neutralité de Rick, c'est son douteux "ami" français Renault (Claude Rains), préfet de police vichyste dont l'opportunisme poussif confine au ridicule, par exemple lorsqu'il déclare à Rick être "libre" et seul maître de ses agissements alors qu'il sert avec zèle un major allemand (Conrad Veidt, qui fut un savoureux Jafar dans The Thief of Bagdad/Le Voleur de Bagdad de Michael Powell), ou lorsqu'il s'auto-parodie en répliquant à Rick qui le menace au niveau du cœur avec son pistolet, "C'est ma partie la moins vulnérable"... Un personnage dénué de morale et d'honneur (et qui le sait) mais qui ne suscite pas l'antipathie du public au vu des "liens" qui l'unissent à Rick... A l'opposé de Renault, on trouve le courageux résistant Viktor Lazlo (Paul Henreid), celui qui entonne la Marseillaise dans le café au moment où des officiers allemands sont en train de chanter dans leur langue, accompagné de la charmante Ilsa (Ingrid Bergman) qui avait fait chavirer le cœur de Rick des mois plus tôt à Paris... et qui revient remuer les douloureux comme les beaux souvenirs dans la mémoire du patron de la boîte, sous les yeux du pianiste Sam (Dooley Wilson) à qui elle demande de rejouer "leur" morceau. Des scènes et des répliques entrées dans la légende pour refléter l'amour intact entre Ilsa et Rick, au détriment de Viktor qui doit en plus éviter de se faire prendre par les allemands... Coincé entre l'amour et le patriotisme, Rick devra choisir son camp en aidant ou non Viktor à fuir aux côtés d' Ilsa. Le tournage au cœur de ce climat de tension dans lequel baignent l'atmosphère et les personnages du film apporte une réelle authenticité à l'histoire. Connexion avec la réalité, Bogart devait participer à une tournée en Afrique du Nord en 1943 pour soutenir le moral des troupes américaines. L'acteur d'origine austro-hongroise Paul Henreid refusant de faire du théâtre pour les nazis, fut mis sur leur "liste noire" et se réfugia en Angleterre puis aux États-Unis dans les années 30. Quant à Conrad Veidt, star du cinéma allemand dans les années 20, il dut aussi fuir le régime d'Hitler, son épouse étant d'origine juive, et participa donc à la propagande américaine, notamment dans le film de Curtiz (il mourut d'ailleurs en 1943). Les cinéphiles ne manqueront pas de noter la présence du tandem Sidney Greenstreet/Peter Lorre dans Casablanca (sans aucune scène ensemble d'ailleurs), le premier (le corpulent) dans le rôle d'un très élégant vendeur au Marché Noir et le second, qui incarne brièvement Ugarte, résistant aux abois et ami de Nick. Mais c'est bien sûr le très beau couple Bogart/Bergman qui reste gravé dans les mémoires, Bogart d'ailleurs excellent dans son premier grand rôle en dehors des personnages de gangsters et de détectives traditionnels... La beauté, le sourire et le talent d'Ingrid Bergman font le reste et Ciné Classics vous offre l'opportunité de (re)découvrir ce classique du cinéma (qu'on retrouve en clin d'oeil chez les Marx Brothers -A Night in Casablanca d'Archie Mayo, dans un film avec Woody Allen -Play It Again, Sam d'Herbert Ross, ou encore dans une scène de The Naked Gun 2 ½ : The Smell of Fear/Y a t-il un flic pour sauver le président ? de David Zucker) en version originale pour ne rien perdre de la réunion de ces deux légendes. Emmanuel Coll
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