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BATMAN
U.S.A., 1989, de Tim Burton, avec Michael Keaton, Jack Nicholson, Kim Basinger, Robert Wuhl, Pat Hingle, Billy Dee Williams, Jack Palance, Jerry Hall...
Pitch: Gotham City doit faire face à un syndicat du crime dirigé par Carl Grissom qui terrorise la ville. La police étant assez impuissante face à ces gangsters, un mystérieux homme chauve-souris, Batman, apparaît la nuit pour les traquer. L'un d'eux, Jack Napier, après être tombé dans une cuve d'acide, devient sous le nom de Joker le nouvel ennemi d'envergure de Batman...


Bas les masques

    Les super-héros de comics tels Spiderman, Daredevil, les X-Men, Hulk et d'autres font largement l'actu ciné en ce moment avec plus ou moins de réussite. Un être doté d'un pouvoir prodigieux qui s'accompagne cependant de certaines faiblesses, entouré d'un nuage de mystère, forcément devait intéresser un cinéaste comme Tim Burton, surtout s'il s'agit de Batman, justicier nocturne derrière lequel se cache un énigmatique milliardaire nommé Bruce Wayne.

    Créé en 1939 par Bob Kane, Batman donna lieu à quelques films peu mémorables dès les années 40 avant d'être adapté en 1966 à la télévision dans une série sympa mais semi-parodique (avec les fameuses onomatopées de la bande dessinée qui apparaissaient pendant les scènes de bagarres). Il restait donc à explorer et rendre à l'écran la facette sombre de l'homme chauve-souris. Cinquante ans seulement après sa création, le réalisateur de Beetlejuice s'y colle et confie à la vedette de ce dernier film, Michael Keaton, le rôle-titre. J'en profite pour préciser que si vous confondez Michael Keaton et Julien Lepers, dites-vous que Lepers en Batman, ce ne serait pas crédible plus de deux minutes. Dès la première scène (de nuit comme une grande partie du film), Burton installe une atmosphère plutôt sinistre et peu rassurante aux rues de Gotham City et ses impasses sans luminosité où rodent les petites frappes de la pègre, et toute l'immensité des tours et buildings laisse au héros un espace suffisant pour évoluer et donner le vertige à ses ennemis. Si Batman d'ailleurs entre très vite en action, le personnage de Bruce Wayne, même s'il est très présent dans le film, met un certain temps à se dévoiler. Ainsi dans la première scène où il apparaît (dans son château où il donne une soirée de gala), il est interpellé par la journaliste Vicki Vale (Kim Basinger, oulala...) et ne semble pas vouloir lui dire qui il est (il ne le fera qu'un peu plus tard dans la même soirée). On ne saura jamais non plus quelle profession (s'il y en a une) Bruce exerce, ce que Vicki tente de lui demander, sans réponse. Les origines de sa puissance en tant que Batman resteront mystérieuses, le film s'attarde seulement sur le meurtre apparemment impuni de ses parents alors qu'il était enfant, ce qui a eu pour conséquence sa détermination à faire justice lui-même. Burton a choisi de faire un film autant sur le mystérieux Bruce Wayne que sur Batman, et Michael Keaton livre une excellente prestation du milliardaire solitaire mais sensible et attachant (ainsi lors du dîner avec Vicki dans son château, ils commencent le repas dans une grande salle à manger peu chaleureuse pour finir en toute simplicité dans la petite cuisine à discuter avec Alfred, le majordome). Mais avouer la vérité à Vicki sur sa double identité ne sera pas facile : sous le costume de l'homme chauve-souris, on se souviendra de la scène où il amène Vicki dans son repaire et tente de rester dans l'ombre pour ne pas être démasqué, tout en se défendant d'être un psychopathe comme le dit l'opinion publique.

    On pourrait presque se demander qui est véritablement la vedette de ce premier Batman : lui ou le Joker ? Jack Nicholson (qui précède Keaton au générique) crève en effet l'écran, il faut bien le dire, dans un rôle extravagant, déjanté et jubilatoire où il peut s'en donner à coeur joie et apporter au film un ton léger, contrairement au plus torturé et sombre Batman Returns avec le Pingouin (Danny DeVito) et Catwoman (Michelle Pfeiffer). Toutes ses scènes associées à des maquillages et des costumes impeccables sont irrésistibles. Tim Burton peut satisfaire à travers ce personnage son goût pour les situations grotesques (la réunion des pontes de la pègre autour du Joker, l'arrivée de ce dernier devant l'hôtel de ville avec ses sbires pour tuer le successeur désigné de Grissom, les apparitions du Joker à la télé, etc) ou même assez terrifiantes (la scène où Napier subit la chirurgie esthétique dans un lieu insalubre et sombre en est un bel exemple, d'autant qu'il est toujours filmé de dos : l'effet de terreur ne fonctionne qu'avec les mouvements de Napier, la tête du chirurgien, la vue des instruments chirurgicaux sur la table et bien sûr le cadre de la scène). Si Cesar Romero avait incarné un Joker très honorable dans la série des 60's, Nicholson en fait l'interprétation la plus mémorable. La mise en scène aidée par la performance de Michael Keaton permettent tout de même au héros de rester en haut du podium face à une telle figure de méchant (le pourtant agité Jim Carrey en Homme-Mystère dans le troisième épisode n'a pas autant marqué les esprits). Même si c'est un film riche de personnages hauts en couleur, les scènes d'action bien sûr ne sont pas absentes et l'on retrouve entre autres la Batmobile qui nous faisait rêver gamins. Mais l'atmosphère visuelle et les acteurs en réalité suffisent au spectacle et rendent inutile une avalanche d'effets spéciaux. Parmi les seconds rôles, signalons les deux présents dans les quatre films de la série, Pat Hingle en dépassé commissaire Gordon et Michael Gough en discret Alfred. La superbe Kim Basinger (mais Michelle Pfeiffer dans le second volet et Nicole Kidman dans le troisième n'étaient pas déplaisantes non plus) et des têtes familières comme Billy Dee Williams (dans un rôle sans grand intérêt d'ailleurs) et surtout Jack Palance qui incarne Carl Grissom ajoutent au plaisir de revoir ce Batman.

    Si Batman et Batman Returns (1992) sont tout à fait à la hauteur de la réputation de Tim Burton, Batman Forever (1995) et Batman & Robin (1997) signés Joel Schumacher n'ont pas laissé, loin de là, un très bon souvenir, desservis par le fait de devoir succéder à deux oeuvres haut de gamme et trouver un digne interprète du héros quand Michael Keaton a abandonné le rôle. Si un cinquième épisode reste à l'état de rumeurs à ce jour, les producteurs ayant été refroidis par l'échec du dernier en date, on annonce la préparation pour 2004 d'un Catwoman réalisé par Pitof (Vidocq) avec Halle Berry dans le rôle-titre. Là, "faut voir"... Emmanuel Coll

 

 

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