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THE BOURNE ULTIMATUM (LA VENGEANCE DANS LA PEAU) États-Unis, 2007; de Paul Greengrass, avec Matt Damon, Julia Stilles, Paddy Considine, David Strathaim... Pitch : Moscou. Jason Bourne, blessé par balles, est poursuivi par la police russe. Acculé dans les toilettes d'un local d'une gare, il parvient finalement à s'échapper. A Turin, le journaliste anglais Simon Ross rencontre une source qui lui révèle toute l'histoire de Treadstone et des machinations de la CIA pour créer une race de super tueurs, dont Jason Bourne serait l'origine. L'ancien agent secret, bien décidé à venger la mort de sa compagne Marie, se lance alors dans une poursuite infernale pour révéler au monde les malversations de l'agence de renseignements américaine. Il découvre que celle-ci a créé un projet ultrasecret baptisé « Blackbriar » et destiné à assassiner des civils gênants…
La Gymnastique du plan
Comment se
porte le cinéma d'action américain ? A cette question,
Die Hard 4.0,
foirage abyssal (mais prévisible) de Len Wiseman, et
The Bourne
Ultimatum
de Paul Greengrass répondent de façon polarisée. A la froideur métaleuse
et aseptisée du film de Wiseman se confronte la vitalité cinétique
mais grise de celle du troisième opus de Jason Bourne. Toujours armé de la caméra
épaule, Paul Greengrass est reparti sur les traces du plus amnésique des
agents. Moins rigoureux et conceptuel que John McTiernan, moins énervé
et maniéré qu'un Tony Scott kaléidoscopique, le réalisateur nage
entre deux courants mais avec des outils bien affûtées. Pour avoir
revu les deux premiers volets dans la foulée, le chapitre initial de Doug
Liman (The Bourne
Identity) est clairement le plus
faible des trois, le plus
classique et minimaliste, sans émule. Le deuxième (The
Bourne Supremacy), plus innervant et
sentimental, forme clairement avec ce troisième volet un parfait diptyque
;
The Bourne
Ultimatum
est essoufflant
dans son avalanche syncopée de séquences de courses-poursuites planétaires
réduites ici en deux heures.
Là ou les
films d'actions bodybuildés des années 80 - 90 se sont toujours concentrés
sur le sacrifice corporel du héros à travers un dolorisme qui tenait
lieu d'apologue du genre, la nouvelle vague d'actioners post modernes, dilue
au contraire le corps du héros entre l'interstice des plans, passant
ainsi de l'incarnation de la figure héroïque à sa dissolution, tel
Jason Bourne enjambant les frontières mondiales elliptiquement. Là où
le héros contemporain n'existait qu'au travers de ses actes au cœur de
l'action, au contact du physique, Bourne devient son antithèse, devenant le
fantôme immatériel guidant un inconnu au milieu d'une foule, un
chasseur fondant sur sa proie a travers des fenêtres, un marionnettiste entraînant
ses "créateurs" sur de fausses pistes. S'éloigner
du physique pour tendre vers la métaphysique, tel est l'apanage de la
figure héroïque du XXIème siècle qui réfléchit avant de tirer, épargne
ses ennemis, se questionne sur le "pourquoi" et retrouve sa
probité perdue au travers des eaux (la dernière image du film renvoie à
la sémantique inversé qui ouvrait The Bourne
Identity,
autrement dit mort - renaissance). La mécanique du corps qui donnait
chaire aux actioners d'antan n'a plus lieu d'être lorsque sa réalisation
s'articule à l'exercice de la mémoire.
C'est bien
là, la mesure du paradoxe dans la mise en scène de Greengrass,
tentant toujours d'aller plus loin, multipliant les jump cut à foison,
hachant jusqu'au paroxysme de la lisibilité sensorielle. Distillant les
points de vue, le réalisateur se demande comment autant de champ du
possible peuvent s'annihiler entre
eux dans cette gerbe incessante d'images. Le film aimerait trouver
une nouvelle forme de fusion à froid de l'actioner, alors que ses
particules ne cessent de s'évaporer, désincarnant au possible les
notions de temps et d'espace. Alors que la figure héroïque
aimerait sans cesse se raccrocher au réel, Bourne ne nous a jamais semblé
autant effacé, malgré son efficacité faisant de lui un super soldat
(on pense beaucoup à l'arc sur la mutation militaire de
Wolverine dans
X-Men 2
de Bryan Singer), une sorte de bonne conscience insaisissable taraudant
les démons, latent de l'Amérique. Le monde est ici transformé en
terrain de jeu de quelques privilégiés du pouvoir cloisonnés dans une pièce
où chaque quidam peut être éliminé ou commandé à loisir, ce qui
revient à contrôler l'univers entier dans son salon. Alors que
Bourne se confronte aux aspérités du terrain, tentant de s'approprier
chaque mouvement d'un plan (aussi bien cinématographique que diégétique)
avant ses opposants, les traîtres de la nation, les grands conspirateurs
s'enferment dans leur bureau à haute sécurité, à l'abri de tout, sauf
de leur orgueil et d'un excès de matérialisme.
The Bourne
Ultimatum
n'arrive pas hélas à totalement s'affranchir d'un autre
substrat, la série télé
24h chrono
à laquelle on pense beaucoup. Cette
contamination envahissante de la petite lucarne sur la grande, devient
franchement pénible, nous confortant dans l'idée que les cinéastes d'actioner
américains actif n'ont plus qu'en vue l'efficacité à tout prix au détriment
de la réinvention d'un genre. Néanmoins, sur le terrain des frontières de
l'abstraction du physique,
The Bourne
Ultimatum
ne souffre actuellement
d'aucun concurrent. La gymnastique du plan qu'il déroule donne à
saisir les possibilités infinies consistant à lier un vécu refoulé à
l'instantanéité où se joue le devenir du héros. Cédric Gentaz
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