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cette page contient deux articles SHREK
Shrek, un message d'intolérance Shrek ne révolutionne certes pas à lui seul l'image numérique mais se situe dans une lignée dont les précurseurs restent indéniablement les japonais (voir à ce sujet l'article ci-dessus de Cédric Gentaz). Au demeurant, ce film d'animation présente de réelles qualités parodiques (nos contes traditionnels sont souvent malmenés avec force détails qui vont jusqu'au gore), humoristiques (la voix d'Eddie Murphy prête aux mimiques désopilantes de l'âne un souffle indiscutable) et scénaristiques (la narration est rythmée, cohérente et fort originale).
L'originalité est en effet la plus grande qualité de Shrek, qui déploie un mélange des genres époustouflant et présente de délicieux anachronismes spatiaux et temporels, lors notamment de la déjà célèbre scène de Malheureusement, un détail de poids devrait gêner le spectateur à l'issue de ce charmant long métrage : la morale. Comme tout film d'animation qui se respecte, Shrek rejoint Walt Disney dans l'incontournable choix de ce qui se veut une règle de conduite... et la voici : la beauté extérieure est futile, sauf l'intérieure compte. Jusque là, tout le monde est d'accord... Pourquoi, alors, la jolie princesse Fiona ne peut-elle épouser l'affreux Shrek que lors de sa métamorphose en ogresse ? Le mythe de la Belle et la Bête serait-il toujours tabou et source d'idées malsaines ? Alors qu'il est accordé à l'âne de connaître l'amour avec une dragonne (l'antagonisme des proportions anatomiques peut laisser perplexe), il est refusé aux deux héros de s'unir sans que cela soit perçu comme une horreur de la nature (les deux protagonistes le déclarent d'ailleurs eux-mêmes). Alors quoi ? Les freaks doivent-ils s'accoupler entre eux et s'interdire ce qui est beau ? Finalement, Shrek est un film honteusement raciste et intolérant, sous ses faux-semblants d'Humanité. Corinne Marques
Raconte-moi une histoire Les rapports de forces entre les différents studios d'animations se font de plus en plus violents. Dernièrement, Dreamworks a carrément réussi à convaincre les frères Brizzy (responsables du plus beau sketch de Fantasia 2000 : L'oiseau de feu) de venir bosser chez eux. Sans compter l'influence dorénavant majeure du cinéma d'animation japonais sur tout support (la bande annonce du nouveau Katsuhiro Otomo, Metropolis, est une merveille ! Nous en reparlerons). Ce qui ne peut être qu'à notre avantage évidemment, chacun devant fournir un seuil de qualité au dessus de son concurrent. Preuve que le monopole animé tout public n'appartient plus à Disney puisque au box office américain, leur dernière production Atlantide, l'empire perdu (le projet semblait pourtant excitant, avec un changement graphique radical) s'est ramassée face à Shrek. Le public outre atlantique a vu en Shrek une véritable satire des contes de fées made in Disney. Primo, Disney, contrairement aux idées reçues n'a pas inventé les contes et encore moins le "Il était une fois". Secondo, la plupart de leurs histoires trouvent leurs sources dans les contes des frères Grimm. Et tertio, Disney n'a pas besoin des voisins pour dynamiter ses valeurs, elle l'a très bien fait avec Kuzco l'empereur mégalo. Il faut donc rendre à César ce qui appartient à César, c'est-à-dire arrêter de voir des déclarations de guerre là ou il n'y en a pas, même si certaines pochades envoyées directement à la Disney touch sont inévitables. On a aussi beaucoup entendu parler de la fameuse animation des personnages, certains sont même tombés en transe devant la princesse Fiona atteignant (d'après les mêmes personnes), le degré de réalisme ultime en matière d'humain de synthèse. Remballer vos arguments les gars, je ne sais pas si vous êtes au courant mais un certain film d'animation nommé Final Fantasy, les créatures de l'esprit de Hironobu Sakaguchi va très vite changer la donne. Ce qui ne veut pas dire que le film est raté techniquement, non non loin de là, il y a parfois de réelles audaces (comme Shrek filmé en contre jour). Rien n'interdit donc d'éprouver du plaisir à suivre cet agréable conte qui prend la forme d'un buddy movie (Shrek et l'âne), mais qu'on ne s'y trompe pas, Shrek a bien une morale lui aussi, comme quoi on ne peu éviter certains pièges et poncifs du genre. Ajoutons que la parodie n'est, de plus, pas aussi trash que l'on veut bien le croire. Car, évidemment, tout finit pour le mieux dans le meilleur des mondes, la beauté extérieure ne compte pas, seule la bonté intérieure a valeur d'être. L'histoire qui se déroule au temps médiéval se moule aussi dans la modernité au niveau de ses dialogues (parfois réussis, parfois lourdingues), dans ses choix musicaux, ou encore dans ses gags (Shrek fait du catch, Fiona se la pète Matrix style !). C'est donc de l'irrévérence, certes, mais la force subversive est toujours rattrapée par les codes d'un genre qu'elle désenchante .En cherchant à injecter une réalité moderne au conte, Shrek n'arrive pas gommer la magie de certains passages, à totalement renverser les valeurs pour les plier, disons qu'il les égratigne avec gentillesse et panache. Une chose est sure, l'avenir de l'animation de synthèse n'a pas fini de nous étonner que ce soit du côté de Dreamworks, de Pixar ou encore du japon avec Squaresoft et consorts. Le seul garde fou sera dorénavant les limites de l'imagination humaine. Cédric Gentaz
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