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2006, France, de Jacques Rivette, avec
Guillaume Depardieu, Jeanne Balibar, Michel Piccoli, Bulle Ogier...
Pitch : De passage sur une île
espagnole, au cours de l’expédition française pour rétablir l’autorité
du Roi Ferdinand VII, le général français de Montriveau retrouve Antoinette
de Langeais dans un couvent. Il la cherche depuis cinq ans. Cinq années
depuis lesquelles elle a disparu… C’est au cours d’une soirée mondaine
parisienne que ces deux-là s’étaient rencontrés, et que s’était entamée
entre eux une longue suite de rendez-vous. La curiosité de la découverte
avait vite laissé place à un jeu de séduction entre eux. Un jeu cruel des
sentiments, où tous deux ont laissé beaucoup, et peut-être tout. Jusqu’à
en devenir éperdus d’amour.
Rendez-vous à 8 heures Le nouveau film de Jacques Rivette, Ne touchez pas la hache, a connu un précédent balzacien puisque avec sa Belle Noiseuse, le réalisateur avait déjà adapté une première nouvelle de l'écrivain, Le chef-d'œuvre inconnu. Cette remarquable transfiguration cinématographique que nous avait offert l'e cinéaste est-elle donc au moins aujourd'hui égalée ? Balzac publia et rassembla sous le titre Histoire des treize trois romans successifs inscrits dans sa Comédie humaine. Si le rapport autant amoureux que conflictuel du général de Montriveau et de la duchesse de Langeais appartient au deuxième livre, Rivette lui préfère le titre symbolique et métaphorique de Ne touchez pas la hache (expression signifiant "attisez le courroux") sous lequel le premier roman de la trilogie, Ferragus, fut à l'origine publié. Pourtant, l'étrange "franc-maçonnerie", selon les mots de Balzac lui-même, sous laquelle sont rassemblés les Treize n'apparaît dans le film que dans un final expédié en deux séquences. Cinématographiquement, l'amoureuse duchesse meurt en quittant la porte cochère où elle avait donné rendez-vous à son général d'amant vers 8 huit heures. Balzac, tout comme Nodier, ambitionnait d'explorer un fantastique social, par exemple celui d'Eugène Sue dans Le juif errant. Les mots de Balzac en disent plus long sur son ambition que tout commentaire : "Ce monde à part dans le monde, hostile au monde, n'admettant aucune des idées du monde, n'en reconnaissant aucune loi, ne se soumettant qu'à la conscience de sa nécessité, n'obéissant qu'à un dévouement, agissant tout entier pour un seul des associés quand l'un deux réclamait l'assistance de tous ; cette vie de flibustier en gants jaunes et en carrosse, cette union intime de gens supérieurs, froids et railleurs, souriant et maudissant au milieu d'une société fausse et mesquine"... Le la est donné, le point de vue fort de Rivette a mis en valeur l'idée de la représentation du vrai à travers le faux, véritable devise de la Nouvelle vague. Dans sa Hache, deux mondes que rien ne peut rassembler se rencontrent, se toisent, jouent l'un avec l'autre pour s'auto-détruire. Dans le film, L'histoire des Treize et sa société occulte est réduite au point de vue interne du personnage de Montriveau découvrant au début du film sa maîtresse cachée dans un couvent. Bête errante à la recherche d'Antoinette, Montriveau échoue en se découvrant lui-même. S'il rencontrait puis convoitait cinq années plus tôt en pleine jungle parisienne le corps et l'âme de la duchesse, le choc "acier contre acier" qu'il annonçait n'aura jamais eu lieu. Sous la forme de tableaux, le couple jouera le jeu des apparences, jusqu'à en devenir pour leur malheur le personnage que chacun mimait. Les travellings qui relèvent toujours autant pour Rivette d'une question de morale accompagnent la part de toc de cette société aussi fausse qu'obscure du XXème siècle et de son Empire. Fidèle au roman et choisissant comme le fit Pascale Ferran pour son adaptation de Lady Chatterley (même s'il faut avouer que la sienne est largement supérieure à celle de Rivette), Ne touchez pas la hache a à nouveau recours à l'usage des cartons (c'était déjà le cas dans la Belle noiseuse). Jeanne Balibar et Guillaume Depardieu, à l'origine contactés pour un projet abandonné par Rivette, faute de financement, endosse ici un rôle inédit dans leur parcours d'acteur. Sans doute indépendamment de lui, le ton de Guillaume Depardieu croise plusieurs fois mais heureusement avec moins de lourdeur celui de son acteur de père et Jeanne Balibar use de sa voix dansante, fragile et filiforme comme si elle marchait sans cesse sur une ligne de crêtes lorsqu'elle parle ou chante. Si le travail est certes chiadé, le film de Rivette n'en bouleverse pourtant pas sa filmographie. Dans le registre de l'adaptation balzacienne, sa Belle noiseuse touchait donc davantage du bout de sa caméra et de son savant travail de montage l'exercice réussi de la transfiguration. Sans doute manque-t-il une heure à Ne touchez pas la hache qui paraît pourtant beaucoup plus long que ne l'étaient près de quatre heures de la Belle noiseuse. Michel Marques
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