CINÉMA

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NATIVITY (LA NATIVITÉ
2006, U.S.A., de Catherine Hardwicke, avec Shohreh Aghdashloo, Keisha Castle-hugues, Oscar Isaac, Hiam Hinds, Eric Ebouaney... 
Pitch : A Nazareth, il y a plus de deux mille ans, Marie est une jeune adolescente aux conditions de vie précaires. Sa famille espère qu'elle puisse se marier avec un homme qui l'extirpera de son statut social. Mais un jour, l'archange Gabriel lui apparaît et lui annonce qu'elle portera un enfant différent, qui changera le cours de l'Histoire et le destin de l'Humanité. Cet enfant, qu'elle aura avec le charpentier Joseph, se prénommera Jésus et diffusera sur Terre le message de Dieu...

 

Sauve qui peut Joseph !

    Au scénario, Mike Rich, auteur d'A la rencontre de Forrester (petit film dans l'oeuvre de Gus van Sant). A la réalisation Catherine Hardwicke, réalisatrice de l'étonnant Thirteen, plébiscité ici lors de sa sortie. La réalisatrice s'y apparentait à la sœur spirituelle d'un Larry Clark revenant sur la société américaine à travers le portrait d'adolescentes marquant l'héritage catastrophique (alcoolisme, divorce, etc.) de la vie de leurs parents et l'étendant à son paroxysme. Au casting, Keisha Castle-Hughes, jeune actrice de seize ans (Star Wars episode 3), indéniablement recrutée d'un point de vue plastique. Si l'on pouvait commencer à s'inquiéter, un réel travail cinématographique semblait pourtant pouvoir se mettre en place. 

    Nous croyons au cinéma comme d'autres lèvent les bras aux cieux mais il y a des limites à tout abus de confiance. Nativity (La nativité) de Catherine Hardwicke se contente d'un bout à l'autre du long métrage d'ériger une construction historique du cadre biblique. Si la mise en scène évite toutes les scories du débutant (faux raccords, cadrages approximatifs), le dispositif choisi par la réalisatrice insulte les spectateurs naïfs derrière son excès de pédagogie. Nativity illustre ce que des imbéciles ne seront jamais capables d'aller découvrir eux mêmes dans les textes. Pire, le film enjolive ses personnages dont les acteurs semblent directement sortis d'un casting pour mannequins. Le vieux Joseph semble pourtant avoir 25 ans et l'ange annonciateur tout droit sortir de Little House on the Prairie/la Petite maison dans la prairie (une certaine ressemblance avec Charles Ingalls auréolée d'une lumière douteuse). On s'en retrouve à la limite d'un storyboard réalisé par la secte des témoins de Géhovat.

    Comment se laver de l'offense réalisée par Catherine Hardwicke qui vise sans doute l'entrée à Hollywood ? En revoyant le sublime film de Pier Paolo Pasolini sur la vie du Christ qu'elle ne connaît indéniablement pas, Il vangello secondo Matteo (L'évangile selon saint Matthieu). La simple séquence d'ouverture du film de 1964 submerge les 90 minutes laborieuses du film d'Hardwicke. Aucun mot n'est prononcé, tout se fait dans l'implicite, les regards tendus. Le choix des gros plans et des champs contrechamps entre Marie et Joseph est significatif. Elle a révélé à son futur époux sa grossesse, il part en profondeur de champ dans un plan de demi ensemble. L'on pénètre par le biais de son point de vue dans son espace mental. Joseph est abordé par un ange dont l'humanité est nuancée par des yeux perçant et un angle de prise de vue en contre plongée. Sans transition, juste après la révélation, Joseph est de retour. Nouveaux champs contrechamps. Une musique rompt le silence, se révèle comme un signe et mène le film vers la transcendance. Quelque chose s'est passée, la révélation est autant sacrée que cinématographique.

    Pasolini livre une vision sacrée du profane à travers l'approche du réel. S'il ne filme plus "les choses telles qu'elles sont" comme c'était le cas durant ses deux premiers films catégoriquement néoréalistes (Accatone et Mama Roma), le réel s'incarne à travers ses personnages car leur figure émane du peuple (exception faite pour l'ange). Seul du visage et du corps filiforme du Christ, proche d'une figure sorti d'un tableau du Greco (Enrique Irazogue, l'acteur, est espagnol) émane une différence. A travers son choix, le réalisateur le révèle unique. 

    Enfin, la parole ne vient qu'illustrer de manière pléonastique ce qui est montré dans Nativity. Le film qui révèle véritablement sa main tendue à l'Amérique puritaine et à son messie, George Bush, et donc à la droite chrétienne française la plus extrémiste qui nie les différences (voir les affiches publicitaires d'un de Villiers qui annoncent ouvertement leur hostilité à l'homosexualité et qui sont actuellement placardées sur les murs). Athée convaincu, Pasolini n'a cependant nullement fait un film anticlérical (au contraire, Il vangello a toujours été plébiscité par le Vatican). A travers son personnage du Christ, il a exploité l'idée de la transmission du Verbe vers les foules et le monde et peut asseoir ainsi le rôle des apôtres. Son plébiscite porte le film au rang du discours du politique où le Christ s'insurge contre la bourgeoisie alors que Catherine Hardwicke s'en fait, elle, l'écho.

    Les incultes se contenteront du film de Catherine Hardwicke et l'oublieront aussi vite qu'ils l'ont découverts et ceux qui veulent sauver le salut de leur cinéphile chercheront à découvrir, revoir ou relire Il vangello secondo Matteo. Michel Marques

 

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  La Revue du Cinéma