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2005, U.S.A. de Steven Spielberg, avec Eric Bana, Claran Hinds, Mathieu Kassovitz, Daniel Graig, Mathieu Amalric...
Pitch : Le 5 septembre 1972, à Munich, durant
les Jeux Olympiques, un groupe de Palestiniens prend en otage onze athlètes
israéliens. Leur demande : la libération de 200 prisonniers arabes. Mais
l'opération tourne au bain de sang, menant à l'assassinat des onze sportifs.
Immédiatement, le gouvernement israélien de Golda Meir monte une vengeance
secrète visant à abattre les commanditaires de la prise d'otage. Avner,
agent du Mossad, est désigné leader d'un groupe de cinq hommes, dont chaque
membre sera affilié à une spécialité. Parcourant le monde, l'escouade élimine
les responsables de Munich, grâce aux informations livrées par un français,
Louis. Mais peu à peu, la responsabilité morale qui pèse sur les épaules
d'Avner et de ses hommes devient insupportable...
La bande à Basil Même s'il sera toujours attendu au tournant, nulle incurie cinématographique ne sortira jamais d'un film de Steven Spielbeg. L'on se gaussera du soin ou de la naïveté avec lesquels il aborde le monde innocent de l'enfance, la sécheresse et froideur de ses découpages mais il faut bien reconnaître que l'auteur est un véritable navigateur sur l'échiquier tortueux du septième art. Avec Munich, il vient à nouveau de prendre le large, se rendant à la croisée des genres et faisant de l'art de la caricature son propre lit. S'il pourrait longer une carrière prévisible, Spielbeg surprend toujours dans ses choix de sujets ou ses castings. C'est le cinéaste de l'alternance constructive et il passe aisément d'acteurs hollywoodiens à de sombres inconnus en pays yankee. En bref, Steven Spielbeg a le goût du risque, de la création et n'a de cesse d'innover. Munich visitera l'Europe avant de rejoindre les U.S.A. A Rome, on se prélasse sur les terrasses des places, Paris ne serait pas Paris sans les bérets et la baguette de pain et Londres ne peut revêtir dans toute image mentale que le visage de la pluie. La caricature des décors de capitales leur offre un double visage. L'hyperréalisme, le soin des moindres détails font des lieux un personnage englobant qui mène vers une psychose mondialiste. L'on n'est pas enfermé à Rome, Paris ou Londres mais dans l'idée des différentes villes. Le piège n'en est que plus trompeur. Les héros deviennent les jouets du destin qu'ils pensaient maîtriser. Ils vont en sorte lentement se laisser endormir par des décors convenus, symbolisant la normalité du cour des choses. A force de prévoir le déroulement et l'enchaînement des événements, on ne guette plus l'imprévu (superbe composition du personnage de Kassovitz). D'entrée, Spielbeg oppose un art de la reconstitution, le film livre rapidement sa part de reportage sur le déroulement factuel de l'affaire Munich 72, à la fugue psychotique qui s'empare au fil du temps d'un héros qui ne sera finalement jamais plus qu'une doublure de son glorieux père et de sa bande d'amateurs qui fait de son mieux pour se prendre au sérieux. La force du réalisateur est de toujours trouver la bonne distance. Elle advient ici dans la rencontre d'un destin programmé (il faut éliminer ceux qui furent liés à l'affaire Munich 72) avec un groupe de "bras cassés" (l'antithèse parfaite de celui qui évolue dans Ocean's Eleven) censé exécuter la tâche qui lui incombe. En bon cinéaste de gauche, Spielbeg ne dénonce pas mais éveille la réflexion du spectateur. Ils livrent les outils qui lui permettront de trouver son chemin et peut-être une clé. Cette liberté intellectuelle qui définit sa carrière en font un cinéaste européen d'âme. Et son dernier film suggère bien que la vraie vie ne se déroule pas aux U.S.A., lieu fédéral où l'on se contente de gérer par fax l'Histoire et d'en subir parfois les revers, mais sur le vieux continent. La fausseté caressée par l'auteur, l'excès d'incarnation de certains personnages (ceux d'Amalric ou Lonsdale) oblige à nouveau à la distance, ferait presque de Munich une fable anti-eastwoodienne. Les univers des deux réalisateurs se rejoignent pourtant plus d'une fois : monde traditionnel, famille au centre de toutes les peurs, fin qui justifie les moyens. Au final, le sérieux d'un sujet puisé dans l'actualité gagne ses galons dans la rencontre entre le professionnalisme (certains personnages, tel celui d'Amalric, ont une connaissance languienne des faits et mouvements de chacun) et l'amateurisme émouvant des héros. Le point de vue de Spielberg laisse apparaître dans un des derniers plans large l'image fugace des deux tours new-yorkaises encore debout et indique que les soubresauts de la petite histoire qui définit finalement celle que l'on retiendra n'avaient pas fini de s'enchaîner. Michel Marques
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