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MATCHSTICK MEN (LES ASSOCIÉS)
U.S.A., 2003, de Ridley Scott, avec Nicolas Cage, Sam Rockwell, Alison Lohman, Bruce Altman, Bruce McGill, Jenny O'Hara...
Pitch : Roy et Frank sont associés dans une petite société familiale pas comme les autres : une entreprise d'arnaques. Collés au téléphone une bonne partie du temps, les deux acolytes échafaudent à longueur de journée des plans plus ou moins sûrs pour tromper les honnêtes citoyens et empocher quelques dollars. L'activité est fluctuante mais leur ramène de confortables revenus. Malheureusement, Roy a de plus en plus de mal à travailler, gêné qu'il est par de nombreux tics, troubles obsessionnels compulsifs et autres crises d'agoraphobie. Souvent au bord de l'explosion, il n'y a qu'une chose qui le calme : récurer de fond en comble son petit pavillon avec piscine. Son quotidien se complique encore le jour où une jeune adolescente de 14 ans, prénommée Angela, affirme être sa fille. La petite a très envie d'apprendre le métier de son papa... 

 

Père et fille

    Ridley Scott c'était avant tout l'un des espoirs piliers du Hollywood des années 80, comme s'il avait fait partie (sans être des leurs) de cette bande "d'enfants terribles", style Nouvelle vague américaine, que constituaient Spielberg, Lucas, Coppola et autre De Palma. Puis, au début des années 90, il s'est perdu, nous conduisant au constat suivant : Scott n'a rien à nous dire, il n'a pas la trempe d'un auteur, aucun sous texte viscéral caché dans ses oeuvres, seulement des qualités plastiques ébouriffantes qui ont toujours su se plier aux modes visuelles balisées de leur temps. Lorsqu'il tentait timidement de transcender un genre (la guerre dans l'édifiant GI Jane), il n'arrivait qu'à tirer le pire formalisme que l'on pouvait imaginer. Gladiator, Hannibal, La chute du faucon noir l'ont remis sur les rails des blockbusters ultra rentables et réconcilié avec l'industrie du profit. Critiques et publics à ses pieds, Scott est aujourd'hui de nouveau libre de choisir pleinement ce qu'il souhaite illustrer et dans quel genre il souhaite oeuvrer. Avec Les associés, il s'est donc essayé à la comédie d'escroquerie raffinée (très en vogue en ce moment depuis le Ocean Eleven de Soderbergh), s'octroyant une pause après le déballage de la grosse artillerie dont il avait fait précédemment preuve.

    Pas de doute, c'est bien le même homme derrière la caméra. Dès les premières minutes, Scott plonge le spectateur dans l'état de névrose acrophobique de Roy (Nicolas Cage en grande forme), soumis à des tocs compulsifs. Il n'en devient pas étonnant de voir une scène se couper subitement, se soumettre à la répétition d'un mouvement puis dérailler, l'action anticipée étant alors reléguée au second plan par la psychose du personnage. Le motif maladif contamine chaque action ; réaction dès qu'il s'active dans le cadre. Pas de modernisme affiché ici, mais un brillant emballage de propos. Néanmoins, il serait illusoire de croire que le film soutient cette cadence tout du long, car son véritable sujet n'est pas là. La froideur maniérée du départ s'évapore dès lors que Roy découvre sa fille de 14 ans, Angela, jouée avec candeur par Alison Lohman. C'est dans cette relation père - fille, à la découverte de l'autre que l'atout le plus beau des Associés se joue. Petit corps investi par la recherche d'une figure paternelle, Angela dérègle les tics et tocs de Roy et tout s'emporte et s'apaise à la fois dans son sillage. Le film retrouve une forme posée, alors qu'à l'écran tout se désordonne dès lors qu'elle entre dans une pièce. Tornade qui opère sa transformation puisqu'elle aura tôt fait de découvrir que son père n'a rien d'un antiquaire mais tout d'un roi de l'arnaque auquel elle s'empressera alors de vouloir ressembler.

    Entre hésitation, naïveté, tendresse et maladresse, les liens tissés entre les deux protagonistes nous font alors croire que l'intérêt premier du cinéaste se trouve ici. A la manière du génial Catch me if you can de Spielberg qui ne racontait finalement rien d'autre derrière les entourloupes, la détresse de la relation filiale de son héros, de son homogénéité à jamais perdue. Les associés aurait pu être sur le même mode son frère ennemi (l'intime complicité retrouvée), une bien belle promesse remarquablement fichue en l'air par un retournement final de trop, où l'intrigue perd sa légèreté, sa fragilité ténue, tel un papillon dont les ailes se déchirent. Scott lâche les filets de son gros traquenard, satisfait qu'il est d'avoir duper son audience, mais tricher avec l'implication émotionnel de son public est toujours casse gueule (voir empreint d'une certaine malhonnêteté égocentrique). La preuve dans ce cas puisque même le bonheur qui imprègne Roy à la dernière image (roublarde et facile, du Scott en somme) laisse un goût bien amer. Cédric Gentaz

 

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

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