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U.S.A., 1985, de Gus Van Sant avec Doug Cooeyate, Nyla Mccarthy, Ray Monge, Tim Streeter... Pitch : Walt travaille dans une épicerie familiale à Portland. Il est fasciné par Johnny, un travailleur immigré mexicain sans papiers qui parle très peu anglais. Ce dernier est accompagné par son ami Pepper...
The clerk Si Mala noche avait été distribué en France dès sa sortie en 1985, peu aurait parié sur le parcours de Gus van Sant, non pas que le film ne permettait nullement de l'envisager mais parce que l'auteur y mesurait encore la distance qui lui restait à parcourir. Chez Van Sant, tout est question de distance, d'espace et de déroulé du temps. Découvrir aujourd'hui Mala noche poussera tout un chacun à déchiffrer à rebours les annonces de l'œuvre et des recherches qui allaient se préciser, tant du point de vue thématique que de la forme cinématographique. Mieux vaudrait pourtant appréhender Mala noche pour ce qu'il est. La mise en images et en sons d'un désir cinématographique porté par l'âme d'un cinéaste en pleine révélation. Road movie réalisé avec des bouts de ficèles (un gage d'efficacité) et les défauts du moment (amateurisme du casting), Mala noche n'a rien d'un film générationnel comme celui d'un Jarmusch (Stranger than Paradise). La rage de Gus van Sant croise pourtant ici celle d'un Truffaut (référence commune à Jarmasch ; l'Europe, la France, le retour aux sources cinématographiques). Si l'on n'est pas ici au temps des 400 coups, l'on n'en demeure pas moins à la recherche d'un bon coup. Histoire d'amour qui transcendera le premier appel des sens pour l'enrichir du frémissement de la juvénilité et de l'innocence. Si Mala noche s'apparente à un western frontalier, il n'a rien d'un vague plébiscite homosexuel. Malgré son usage du 16 millimètres et du noir et blanc, Van Sant y approche la beauté expérimentale du travail d'un Michel Ange ou Raphaël. Si le désir s'éveille à partir d'un visage, l'approcher nécessite tout un parcours physique (la déambulation) et mental. Si Walt tombe amoureux d'un être derrière qui il voit, comme chez Pasolini (autre référence artistique italienne), un ange, van Sant s'amourache de la pratique cinématographique en plein exercice de son talent. Vingt années et autant d'images plus tard, la trilogie du maître (Gerry, Elephant et Last Days) a rencontré les couleurs du temps. Le rôle de Walt, employer "in the mood for love", ressemble à la position du réalisateur que les désirs de cinéma font avancer. Walt se crée mentalement le personnage dont il veut tomber amoureux, le sculpte et le cherche tant dans son esprit que dans le quartier. L'adaptation que livre Gus van Sant du roman de Walt Curtis est transfigurée par le désir du cinéma. S'il n'est pas le brouillon d'une carrière, Mala noche en est du moins la promesse. Que viva Mala noche ! Michel Marques
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