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2006, Corée du sud, de Im Sang-soo,
avec Yun Yeo-jung, Ji Jin-hee, Lee Eun-seong, Kim Yu-ri...
Résumé : Hyun-woo sort de
prison, après dix-sept années de détention. Le temps a passé, des cheveux
blancs sont apparus. Il retrouve sa famille et part sur les traces de celle
qu’il a aimée. Il se souvient. La Corée troublée du printemps 1980.
Hyun-woo est alors un jeune militant et manifeste avec ses collègues contre
le pouvoir militaire en place. Pour échapper à l’armée, il rejoint la
montagne où il rencontre la troublante Yoon-hee. Entre eux deux naît une
relation passionnée, bientôt rattrapée par les préoccupations politiques.
Hyun-woo décide de rejoindre la ville pour continuer le combat, et Yoon-hee
reste seule. Très vite il est fait prisonnier, et les deux amants vont devoir
vivre leur amour dans la séparation et l’absence.
Lui dedans, elle dehors
Dix-sept ans après son incarcération pour
activisme durant les années quatre-vingts, il ne reste plus à Hyun-woo qu'à
revenir sur les lieux de sa passion et à revivre mentalement sa rencontre
avec celle qui l'avait hébergé, caché durant sa cavale, lui offrant
également son corps. Un parcours qui le mènera à constater que mourir ou
être emprisonné pour des idées prive plus que cela n'épanouit. Yoon-hee,
sa maîtresse, lui a laissé son journal, ses tableaux, une fille née de leur
union et s'en est allée, fauchée par un cancer.
A l'inverse de son précédent film (The
President's Last Bang), Im Sang-soo met en toile de fond avec son Vieux
jardin le cadre d'une révolte politique réprimée pour lui préférer
au premier plan l'histoire d'amour fugace de deux amants que tout devait
réunir. Comme dans sa Femme coréenne,
c'est la solitude des êtres qui est privilégiée mais ici de manière
sacrificielle. Le vieux jardin apparaît
donc moins comme un film à thèse (relire l'histoire récente) que comme un
mélodrame où l'exubérance de l'amour cède le pas au nevermore.
Cependant, derrière le choix de ce point de vue fort, le réalisateur met en
avant le désastre du gâchis.
Chacun s'est finalement trompé. Lui
en privilégiant l'activisme, dissimulant sans doute un désir d'héroïsme
surfait, elle en espérant que son amour serait plus fort que le reste. De
cette radiographie amoureuse (l'héroïne recevra les excuses de la mère du
héros pour son propre fils), ressort en creux l'état de dispersion créée
par la dictature militaire. S'aimer n'a plus de sens puisqu'à l'amour est
privilégié l'idéologie. Le montage alterné sur lequel se bâtit le film,
entre d'un côté les années quatre-vingts, celle de la rencontre et de
l'activisme, puis de l'autre la libération d'un héros vieillissant, mythe
solitaire, réécrit la séparation qui se résume aux mots de l'héroïne :
"toi dedans, moi dehors."
Entrée subitement et sans transition dans
l'ère moderne, comme ce fut le cas pour un pays européen tel que le
Portugal, Im Sang-soo met ici l'accent sur le syndrome psychique dont a
hérité la Corée du Sud. Le vieux jardin prend
le parti de dire que l'amour s'en trouve à réinventer. Indéniablement, ses
films continuent à y contribuer. Anne Ségolène
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