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France, 2006, d'Eric
Guirado, avec Nicolas Cazalé, Clotilde Hesme, Jeanne Goupil, Stéphan
Guérin-Tillié, Daniel Duval, Liliane Rovère, Benoît Girod, Chad Chenouga...
Pitch : Après
avoir fui les siens quelque temps auparavant, Antoine rejoint sa famille dans
le sud de la France. Suite à l’hospitalisation de son père, il accepte
d’aider sa mère qui tient une petite épicerie et va donc conduire le
camion-épicerie, de hameaux en hameaux. Malgré son peu d’entrain au départ,
le jeune homme, accompagné de son amie Claire, redécouvre avec surprise le
charme des villageois, têtus, drôles, bon vivants et, parfois même,
teigneux. L’occasion pour Antoine de replonger dans ses souvenirs
d’enfance, de retrouver une certaine joie de vivre et peut-être même
l’amour...
Quitter la ville "J'ai rencontré mon mari. Je l'ai suivi. On s'est mariés. Ça fait une vie." Sans être un chef-d'œuvre, l'enchantement que nous avait procuré lors de sa sortie en 2003 Quand tu descendras du ciel, le précédent film d'Eric Guirado, augurait du meilleur. Avec le Fils de l'épicier, le réalisateur confirme aujourd'hui tous les espoirs que nous osions déposer sur son nom et fait déjà évoluer son cinéma. Guirado ne réalise pas un film d'acteur au singulier mais au pluriel. Le fils de l'épicier aurait pu tomber dans les travers d'Une hirondelle a fait le printemps (une publicité touristique), il n'en est heureusement rien et le cinéaste réalise un vrai projet de cinéma. Devenu citadin pour fuir la campagne et sa famille, Antoine n'a toujours pas donner un sens à sa vie, dix années après avoir claquer la porte. Errant de boulots précaires en asservissements ordinaires, il vivote tant bien que mal sans âme sœur à ses côtés ni projet d'avenir. Si son frère a quant à lui ouvert un salon de coiffure à proximité du village, il ne semble pas avoir davantage trouver le bonheur (il cache le départ du domicile conjugal de son épouse depuis deux années). Lorsque Antoine est appelé à la rescousse pour remplacer son père hospitalisé dans l'épicerie familiale, rien e va plus. Antoine accepte pourtant la proposition, désireux de faire le point et de voir ce qu'il a laissé derrière lui. Guirado met alors en place son principe, davantage hérité de Pagnol que du néo-réalisme italien. Rosselli et De Sica avaient d'ailleurs eux aussi fait du réalisateur d'Angèle leur père spirituel avant de porter leur mouvement cinématographique au sommet de la modernité. Reliant les villages alentours toute la journée pour effectuer ses tournées en camionnette, Antoine rencontre ceux qui continuent à vivre loin des villes. Peu diplomate, Antoine n'a cependant pas le truc avec les gens comme lui disait son ami Hassan. Il est pourtant prêt à faire des efforts, même avec sa voisine de palier, Claire, qu'il a invité à le suivre à la campagne pour qu'elle révise un bac abandonné cinq années auparavant. Bien vite, Antoine se confronte pourtant à l'histoire de sa vie, cousue d'échecs relationnels. Après avoir nourri des espoirs auprès de Claire et en avoir récolté une nuit éphémère d'amour (séquence avec laquelle le réalisateur s'emmêle légèrement les pinceaux), le jeune homme continue de ne pas avoir le truc et trahit la confiance que la jeune femme faisait reposer sur leur relation. Plutôt que d'avouer son nouvel échec, Antoine se remet cependant en cause et se tourne vers tous ceux, ses clients, qui l'accueillaient comme le remplaçant mal dégourdi de son père. Des liens se nouent et le héros trouvent sa place au milieu de la campagne, des paysages et de la vie des derniers mohicans comme pourraient les appeler Jérôme, son ami d'enfance devenu garagiste. Au fil des séquences, Guirado déploie avec bonheur son casting de seconds, troisièmes et quatrièmes rôles indispensables. De Benoît Girod (héros dans Une hirondelle a fait le printemps, garagiste ici) à Liliane Rovère sculptant une Lucienne au phrasé inimitable, des personnages quittent les silhouettes impressionnistes et constituent une véritable micro société. La troupe d'acteurs (sans doute en partie amateurs) transfigure alors le film et entraîne le spectateur vers une sincère empathie. D'un isolement tristement moderne, Le fils de l'épicier guide ses personnages (impeccable Nicolas Cazalé, enchanteresse Clotilde Hesme et parfait Daniel Duval en père désœuvré) vers une société recréée de toute pièce où chacun trouve sa raison d'être auprès des siens et des autres. Éric Guirado réalise un cinéma où le lien n'est pas un vain mot et offre à son héros l'opportunité de quitter la ville pour faire émerger le monde en rase campagne. Invité à participer à la nouvelle société d'Antoine, Hassan peut alors enfin avouer que son ami a fini par trouver le truc avec les gens. Eric Guirado ne fait pas du cinéma humaniste mais humain où le manichéisme n'existe pas et où chaque personnage a le droit d'avoir sa chance comme dans les films de Jean Renoir. Michel Marques
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