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2006, France/Belgique, de et avec Lucas Belvaux ainsi que Natacha Régnier, Eric Caravaca, Patrick Descamps, Claude semal, Elie Belvaux, Gilbert Melki...
Pitch : Pour pouvoir offrir une mobylette à la
femme de leur copain Patrick, trois hommes vont prendre les armes pour aller
chercher l'argent là où il est. Rêvant que quelque chose est encore
possible pour sortir de leur détresse, ils vont tenter un très gros
hold-up...
Le cercle parfait
Tout d'abord le titre du film. Celui retenu
par Lucas Belvaux pour illustrer son nouveau long métrage, La
raison du plus faible, n'est pas sans évoquer le superbe Droit
du plus fort de Fassbinder (1975). L'approche dialectique du
réalisateur allemand cède ici le pas à la fable sociale dirigée par
Belvaux qui porte son héros (en tant que personnage et auteur) jusqu'à en
revêtir la peau ou ce qu'il en reste.
Sorti de prison, Marc ne change finalement
que peu d'enfermement. Il travaille chaque jour dans une brasserie et pointe
à la demande du commissariat. Sympathisant avec un groupe de chômeurs
licenciés à l'approche de la retraite, Marc leur livre son histoire. Belvaux
file de son côté l'humiliation qui aliènent ses personnages et justifie le vœu
de quitter l'enfermement qui sclérose leurs journées. Si le casse qu'ils ne
tardent pas à préparer résonne déjà comme une revanche sociale, il se
transforme bien vite en un supplice christique prévisible (dès le premier
plan du film, le héros marche vers sa fin), Marc rachetant la faute et de ses
camarades et jetant par paquets vers les badauds qui cernent l'immeuble dont
il gravit les marches, comme un King
Kong escaladant l'Empire State Bulding, l'argent du vol avant
d'être éliminé.
Après sa trilogie grenobloise (où Cavale
s'avérait bien supérieur aux autres volets), Luca Belvaux est passé
maître dans l'art de l'élargissement et inscrit dans son film sa maîtrise
du cinéma tant dans l'écriture, la réalisation que dans son champ
référentiel. En embarquant son héros dans un nouveau casse, alors qu'il
s'était juré de ne plus connaître l'enfermement, Belvaux rejoue à rebours
l'action qui avait mené Marc à une première condamnation. De la même
manière, ce dernier raconte d'avance à Patrick ce qui lui arrivera s'il
échoue : vingt années de prison et une humiliation bien plus grande que
celle qu'il avait reçu de la part d'un beau-père.
S'inscrivant dans la lignée du Pigeon/I
soliti ignoti de Monicelli avec qui il discute (à la phrase du
personnage de Mastroianni, "Voler, c'est un métier de gens sérieux,
vous êtes tout juste bons à travailler", répond celle de
Jean-Pierre : "je sais que je te l'ai déjà dit mais t'es tellement
con que ça vaut la peine que je te le dise deux fois) et des récents
moins bons Small
Time Crooks et
The Ladykillers, le film de Belvaux ne manque également pas de
tendresse pour ses personnages mais s'avère beaucoup plus tranchant,
s'inscrivant à nouveau par la même occasion dans la lignée des oeuvres de
Fassbinder.
A l'instar de la caméra emportée par
l'hélicoptère qui rode comme un vautour autour du toit de l'immeuble où fut
définitivement maîtrisé Marc, le point de vue qui achève le film suit un
dernier mouvement d'encerclement et rappelle ce contre quoi se débattaient
les héros : l'enfermement et l'humiliation devant lesquels chacun reste
impuissant. Au-delà du politique, Lucas Belvaux grave sur pellicule avec ce
nouveau très beau film l'expression des maux d'une société qui vient de
franchir le vingt-et-unième siècle mais semble pourtant continuer à vivre
à l'heure du précédent. Anne Ségolène
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