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A FOREST WITH NO NAME (LA FORÊT SANS NOM)
L’arbre de la connaissance Produit télévisuel à la base, La Forêt sans Nom de Shinji Aoyama, met en scène les aventures du détective privé Mike Yokohama (interprété par Masatoshi Nagase, vu dans Mystery Train de Jim Jarmusch), personnage récurrent de trois longs métrages de Kaizo Hayashi.
Diffusés en 2002 au Japon, les épisodes de cette série policière ont été rallongés pour une exploitation en DVD et dans les salles de cinéma. La Forêt sans Nom correspond au premier épisode de cette sequel. Film atypique en raison de son format d’origine et de sa durée (à peine une heure et quart), ce long métrage ne manquait pas d’intriguer.
Attentes très vite déçues, tant le film peine à se déployer et à exister dans la durée impartie. Cela surprend d’autant plus que Shinji Aoyama avait maîtrisé, de manière magistrale, le temps dans l’élégiaque Eurêka (2000), prenant à bras le corps son sujet de prédilection qu’est la communauté.
Ainsi, Desert Moon (2001) renouait avec la thématique de la famille morcelée. Aoyama y dépeignait un homme d’affaires contraint, par une petite frappe, à assumer ses obligations envers les siens. Chronique peu aboutie, le film ne parvenait pas à convaincre complètement, en dépit de son intérêt documentaire sur la société nipponne.
Si La Forêt sans Nom reprend à son compte les questionnements fondamentaux des précédents longs métrages de Aoyama, le film n’échappe pas à l’anecdotique. L’esprit résolument potache qui l’anime, tout entier affirmé dans la dégaine néo punk du privé, produit une série B sans grand intérêt.
Pourtant, le scénario recelait moult possibles dramatiques, superficiellement traités, voire inexploités : la menace sectaire (le traumatisme des attentats terroristes perpétrés par la secte Aum dans le métro japonais est ici prégnant), l’individualisme opposé au communautarisme, la domination masculine, la quête métaphysique.
Ce dernier aspect s’exprime à travers la fusion de l’humain et du végétal (l’arbre qui ressemble à Mike). Cette image éminemment symboliste se révèle aussi simpliste que l’improbable cheminement intérieur du héros. Peu fouillé psychologiquement, le personnage du détective agit, plus qu’il ne semble pouvoir être agi par des forces supérieures. D’où un final peu convaincant qui voit le retour de Mike à la nature, alors que l’introspection ne le caractérise pas de prime abord.
Filmé assez platement, le film souffre de l’étirement de sa durée initiale. Les scènes ainsi diluées perdent de leur intensité. Seule la bande sonore, extrêmement travaillée, parvient à installer un climat assez inquiétant par endroits.
En somme, cet objet filmique inclassable laisse sceptique, au mieux, perplexe. Dans le même registre, on lui préfère Charisma de Kiyoshi Kurosawa, dont il s’inspire de bout en bout (les deux réalisateurs avaient travaillé ensemble sur le film).
Sur le motif de la secte, comme lieu de repli communautaire, de questionnement de l’identité et de la mémoire, un autre film japonais s’impose : il s’agit du trop méconnu Distance (2001) de Hirokazu Kore-Eda, qui constitue, à ce jour, une vraie référence. Sandrine Marques
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