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UN OSO ROJO (L'OURS ROUGE)
Le temps d'être seul Réalisateur uruguayen né en 1969, Adrián Caetano est loin d'être un débutant en la matière. Auteur de plusieurs courts métrages (Cuesta abajo et La expresion del deseo, respectivement en 1995 et 1998), de moyens métrages pour la tv (La Cautiva en 2001 et récemment Tumberos) mais aussi d'un documentaire (Historias de Argentina en vivo), le réalisateur et scénariste a signé son premier long métrage de fiction en 1998, Pizza, birra, faso. C'est donc peu dire qu'il poursuit avec fougue un but précis, créer. Ne serait-ce pas également une obsession, bien qu'elle soit différente, qui anime Oso, le protagoniste de son film qui vient de sortir en France ? Ayant purgé sept années d'enfermement pour meurtre, celui-ci a tout perdu : la raison qui animait ses actes, une épouse qui ne pouvait supporter l'attente, bref la possibilité de vieillir entouré des siens. La punition qui est infligée à Oso repose d'ailleurs davantage sur l'objet dont il a été dépossédé (son épouse et bien sûr sa fille) que sur l'enfermement. Amené à supposer à la sortie de prison d'Oso une vengeance contre l'épouse infidèle, le spectateur ne tarde pas à comprendre qu'il n'en sera rien. Si Adrián Caetano lance des pistes narratives qu'il parvient à contourner avec aisance, la force de son film consiste finalement à nous indiquer que la peine d'Oso commence surtout lorsqu'il est libéré. Ce dernier doit en effet supporter une vie et des repères totalement différents de ce qu'il avait pu connaître avant l'enfermement. Dans un deuxième temps, l'intérêt d'Un Oso rojo repose sur le fait que son protagoniste ne va pas entrer en concurrence avec celui qui a pris sa place (Sergio, le nouveau mari de son épouse) mais va lui venir en aide en épongeant ses dettes. Il faut aider les gens, ce n'est tout de même pas difficile à comprendre, dira t-il à Sergio qu'il épaulera alors que celui-ci subit l'humiliation. Alors qu'il s'est laissé dépasser par un embrigadement sept années plus tôt, Oso subit surtout les conséquences de ses actes au-delà de la prison. Libéré, il commence à purger l'isolement. Ce dernier semblera le blinder et le rendre intouchable. Un compte à rebours semble commencer dès la libération du personnage et Caetano le matérialise par des gestes qui soulignent la solitude de son héros : il ingurgite bière sur bière, allume une nouvelle cigarette à la manière du Jean-Paul Belmondo d'A bout de souffle à chaque fois qu'il vient d'en achever une. Le temps passé en prison prend toute son épaisseur dans la distance qui sépare Oso de son ancienne vie ; il n'est plus rien, un vague souvenir comme la photo qu'il a conservée de sa famille. Paradoxalement, le dernier acte qui le rapprochera d'elle sera un nouveau cambriolage qui épongera les dettes accumulées par Sergio. Si la musique qui baigne le film de Caetano n'est pas son point fort, Un oso rojo s'avère sur plus d'un point particulièrement réussi. C'est en s'effaçant et en laissant sa place à son remplaçant qu'Oso sauvera son honneur auprès de sa femme et de sa fille. Tout le film repose donc sur un problème d'absence (due à la prison) ou une erreur de présence (le retour du protagoniste). Un casting qu'Oso n'aura su distribuer à ses différents personnages. Un oso rojo prouve une fois de plus la vitalité du cinéma argentin mais nous révèle aussi un réalisateur de talent. Anne Ségolène
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