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L'AUBERGE ESPAGNOLE
La confusion du groupe Qu'on ne s'y trompe pas, L'auberge espagnole n'est pas un film bêtement et banalement militantiste sur la réalité de l'Europe vue à travers une fable où cohabiteraient des étudiants étrangers au cœur de Barcelone. On est évidemment bien loin du regard stupide, façon service public, qu'apporte une Christine Bravo chaque samedi dans son émission Union libre, si caricaturale qu'elle en devient obscène, sur France 2 (la chaîne du troisième âge... révoltons-nous et refusons définitivement et massivement de payer la prochaine redevance télé) ! Si Cédric Klapisch use de la caricature, c'est de son côté pour souligner la stupidité des poncifs que chaque individu se plairait à développer à l'égard des autres, aboutissant sans se sentir coupable au racisme. Le thème principal du film étant le désordre, il tend à montrer subtilement qu'il est le même pour chacun, quel que soit son pays d'origine. Tout rapport de force de ce côté serait donc vain. A travers le personnage de Xavier (Romain Duris aussi excellent que généreux dans son jeu), L'auberge espagnole nous invite dans un voyage initiatique qui développe tant la grâce, l'humour que l'aberration. Le regard de Klapisch est toujours honnête, sa mise en scène d'une remarquable ingéniosité (le mélange entre caméra 35 mm et DV nous permet d'entrer au cœur des personnages) et s'il est un de ceux qui sait aujourd'hui en France le mieux filmer les groupes, c'est ici pour souligner le paradoxe qu'on se perd avec les autres mais qu'on n'est cependant rien sans eux (voir la désopilante séquence où chacun fait de son mieux pour que le petit ami anglais surgissant sans prévenir d'une des colocataires ne découvre pas qu'elle s'envoie en l'air avec un américain). Tous pourris, un pour tous, certes, mais sans désir d'offenser. Signalons, de plus, que le réalisateur prouve une fois de plus parallèlement à son filmage des groupes, sa dextérité à filmer la ville comme un personnage à part entière ; ce fut déjà le cas dans Chacun cherche son chat. Avant tout, c'est l'idée de réciprocité qui est mise en avant par le film. Chacun vit finalement les mêmes difficultés pour s'y retrouver qu'il soit anglais, français, allemand, espagnol, italien, voire danois. En développant le jeu des répétitions avec inversement des rôles, Klapisch déploie dans L'auberge espagnole toute une saveur comique (voir le casting que Xavier subit en se présentant comme colocataire potentiel, ou la panne sexuelle de sa partenaire qu'il sait excuser avant d'en être plus tard victime à son tour avec une autre) mais aussi, au final, de la nostalgie puisqu'il faudra malgré tout devenir adulte avec tout ce que cela contient de violence (le travail répétitif qu'il faudra mener durant 40 années bien sonnées) et de contraintes (fonder une famille et assurer la reproduction de l'espèce sans forcément savoir si cela mènera quelque part). Superbement servie par la récurrence du non moins sublime No Surprises du groupe Radiohead, la bande originale du film sied, elle-même, à la nostalgie du spectateur. C'est que Klapisch connaît admirablement la jeunesse et sait filmer avec maestria la confusion dont elle est emprunte. Le traitement humoristique du film n'omet, lui, jamais de nous confronter à une réalité crue où il est difficile de savoir qui l'on est, ce que veulent les autres et comment l'on peut les aborder (voir la séquence où Isabelle - géniale Cécile de France dont la palette semble bien plus riche qu'une Audrey Tautou... il faudrait peut-être commencer à s'en rendre compte - initie Xavier aux désirs sexuels d'une femme). A l'image de cette séquence, c'est la générosité qui émane avant tout du film et du regard de Klapisch sur ses personnages. On ne sait finalement pas qui l'on est, ni où l'on va mais il sera impossible de faire machine arrière. Au sortir de la salle, heureux d'avoir assisté à ce fabuleux film, l'on se met alors à s'interroger : mais que sont nos expériences devenues ? Michel Marques
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