■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ |
|
■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ |
2005, Nouvelle-Zélande/U.S.A., de Peter Jackson, avec Naomi Watts, Jack Black, Adrian Brody, Andy Serkis, Jamie Bell... Pitch : Dans les années 30, Carl Denham, un documentariste rêvant de gloire, embarque une équipe d'explorateurs à la recherche d'un légendaire gorille géant. Arrivés sur Skull Island, ils comprennent que ce monstre existe vraiment et que les habitants de l'île le vénèrent comme leur roi. Le Roi Kong. Dans ce milieu hostile, les aventuriers se retrouvent également confrontés à une faune de dinosaures, perpétuellement en combat contre King Kong. Les humains vont devoir tenter d'échapper aux autochtones, aux reptiles préhistoriques, et à ce gorille féroce. Mais quand celui-ci tombe sur Ann Darrow, il tombe immédiatement amoureux. Pour être auprès de cette belle humaine, il se laisse alors capturer et ramener à New-York...
Le retour du roi Lorsqu'en 1997, après avoir réalisé la meilleure ghost comedia américaine avec The Frighteners (le film vient enfin de sortir en édition 3 dvd - comme c'est étrange ! - et nous permet désormais de bénéficier d'un fidèle transfert en 16/9, substituant l'affreuse compression 4/3 que l'on traînait depuis 6 ans sur l'ancien pressage), Peter Jackson frappe à la porte du studio Universal, le script de King Kong sous le bras. Il se voit gentiment refusé le droit de tourner sa version longtemps fantasmée. La raison invoquée est simple et sans appel : Universal ne veut pas produire un film qui sera en concurrence directe lors de sa sortie avec Godzilla de Roland Emmerich et Mon ami Joe de Ron Underwood (je ne sais pas si vous voyez le niveau) ! Dégoûté, ébranlé, Jackson ne va pourtant pas se laisser abattre et offre généreusement à ses fans le screenplay entier sur internet. Celui-ci se retrouvera pillé par un pan de la production de ses dernières années (La momie, Van Helsing, Hulk...). Après d'énormes investissements financiers dans le développement de WETA (sa filiale d’effets spéciaux), Jackson doit absolument démontrer sa capacité à conduire une entreprise énorme et rentabiliser son matériel technologique. La suite, on la connaît puisque la trilogie de Lord of the Ring (Le Seigneur des Anneaux) ira au-delà de toutes ses espérances (et des nôtres par la même occasion). Non seulement, Jackson comble ses ambitions mais il assoit aussi sa réputation dans le monde et achète enfin définitivement sa liberté artistique à Hollywood, ce qui n'a pas de prix. En mars 2004, quelques milliards de dollars plus tard et 17 statuettes dorées en poche, Universal va faire une offre que Peter Jackson ne peut refuser : le remake de King Kong, la confiance garantie des producteurs et 20 millions de dollars cash sans avoir encore tourné le moindre plan. Pour bien comprendre le bonhomme, il faut remettre les choses dans leur contexte. Jackson a 9 ans lorsqu'il découvre, émerveillé, le King Kong (1933) de Ernest B. Schoedsack et Merian C. Cooper. La vision de ce long métrage est une révélation pour le jeune garçon qui sera metteur en scène et réalisera un jour son Kong ! A 13 ans, Jackson tournait déjà avec la caméra super 8 de son père la scène finale de l'Empire State Building dans sa chambre avec pour simples effets des maquettes faites de bric et de broc et des jouets en plastique. Il aura donc fallu au cinéaste pas moins de 35 ans pour réaliser son rêve, porter à l'écran le carburant qui l'a fait avancer toutes ses années, animé d'une foi sans pareil par l'œuvre qu'il vénère. Le résultat est au-delà de toutes les espérances, rien ne vous aura préparez à ça ! Peter Jackson a repris la trame exacte de l'original. 1933 - New York connaît une crise économique et sociale sans précédent suite au crash boursier de 1929, la prohibition bat son plein et le chômage atteint son taux record. Ann Darrow (Naomi Watts incandescente), jeune actrice de music hall se retrouve du jour au lendemain sans emploi. Elle va alors croiser la route du réalisateur aux dents longues Carl Denham (Jack Black) qui a volé les négatifs de son film à ses producteurs et désire en secret le terminer sur la mystérieuse Skull Island, île vierge dont seule la carte que le cinéaste a en sa possession permet d'en révéler l'existence. Bien entendu, rien ne se passera comme prévu puisque l'équipe de tournage fera la rencontre des indigènes locaux prêt à servir en pâture la pauvre Ann à une créature, monstrueuse et adulée, nommée Kong. La reconstitution de la ville est bluffante, brillante de mille éclats, New York est vivante. On ressent vraiment la pauvreté qui accablait la Big Apple. L’exploit mérite d’autant plus d’être souligné que tout s’est tourné, comme d'habitude, en Nouvelle Zélande. La Skull Island est une orgie visuelle tribale (les autochtones sont angoissants), viscérale (la jungle est dense et humide) et barbare (un bestiaire hallucinant défile à l'écran), avec un ride de 45 minutes "énormissime" qui met K.O. La poursuite des diplodocus entourés de vélociraptor est grisante ; au départ exiguë; elle devient vertigineuse et conduit au bord d’un précipice. Le combat qui oppose King Kong à 3 T-Rex est d'une brutalité qui laisse groggy. Et viens ensuite le puit d'insectes et d'araignées, scène planifiée mais jamais tournée du film de Schoedsack et Cooper, que Jackson tenait absolument à réintégrer. Le spectacle est éblouissant, du jamais vu sur un écran. Rendant hommage après 80 ans de cinéma fantastique, c'est LE FILM de monstre ultime, une grosse claque en pleine poire ! Le personnage de Carl Denham, metteur en scène bouffi d'ambitions mais minable, pourrait être une mise en abyme de Jackson lui-même, prêt à tout pour mener sa barque à bien, quitte à y laisser des plumes. Mais là où Denham aura failli par excès d'orgueil, Jackson va une nouvelle fois nous livrer une oeuvre d'une sincérité totale débarrassé de l'horrible cynisme qui pourrit les blockbusters actuels, asservis à la rentabilité, torché sans aucune ardeur. L'implication sans limite, sa dévotion absolue à ce sujet qu'il chérit tant, transpire à chaque seconde et sur chaque centimètre de pellicule. C'est bien simple, King Kong est juste hallucinant de réalisme et de vécu (multiples cicatrices le long du corps, regard mélancolique), une puissance incarné de la solitude qui cherche un peu de tendresse dans ce monde de brut. Il aurait été facile de tomber dans la série B la plus outrancièrement ringarde par le biais d'un traitement très premier degré de la relation qu'il propose entre Kong et Ann, débarrassée de toute ambiguïté sexuelle certes, mais gagnant en sensibilité, délicatesse et lyrisme. La scène de "danse" sur la glace à Central Park, dernier moment d'intimité entre la belle et la bête, est à ce titre la synthèse parfaite de ce vers quoi tend l'œuvre. Regard infantile et émerveillé - détaché de tout sous-entendu - où la pureté de l'instant prime. Pour autant, Jackson n'oublie pas d'opposer et même de faire éclater violemment les apparences jusqu'à les télescoper (la séquence de capture de Kong est d'une sécheresse renversante et bouleversante) sur la limite floue qui sépare l'homme de l'animal. Si Kong agit ainsi, c'est par strict besoin et nécessité naturelle, guidé par un instinct primitif ne permettant jamais de remettre en question le bien et le mal de ses actes. Sauvagerie et innocence viennent souvent se confondre sur sa propre personne, à la fois monstre, protecteur et victime. On ne peut alors rester insensible à son sort, simple pion du destin puisque nous savons déjà que sa finalité est jouée d'avance. Humilié, asservi par l'humain intéressé par un arrogant profit personnel, Kong démasque l'homme moderne derrière les apparats clinquants de la civilisation, immorale et impudente. La ville devenant tout aussi austère pour un étranger que la jungle pour nous-même, générant le chaos et un retour à l'obscure violence des origines. L'implication émotionnelle devient alors tétanisante lors du final sur l'Empire State Building, Jackson nous arrachant littéralement le cœur. Ayant parfaitement assimilé la portée symbolique du conte de la Belle et la bête (contrairement au Hulk d'Ang Lee), le réalisateur en transfigure sa matière brute pour toucher à la grâce, y faisant référence visuellement mais aussi narrativement avec une simplicité désarmante. Alors que dire de plus, que c'est un spectacle fabuleux à voir absolument sur grand écran, que c'est accessoirement le meilleur film de son metteur en scène (oui, vous avez bien lu), SON chef-d'œuvre, qu'il défie la raison critique pour s'imposer comme un idéal de cinéma, un classique instantané. La consécration d'un songe nourrit avec les yeux d'un enfant. Peter Jackson is the king, Kong is beautiful ! Cédric Gentaz
petit complément dans l'édito de décembre 2005
|
■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ |
|
■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ ■ Copyright © 2005 - Tous droits réservés : Siteducinephile@aol.com ; association "loi 1901" JUILLET pour qui de droit
quelques sites pour poursuivre la route www.filmdeculte.com Hkcinemagic http://analysefilmique.free.fr www.revue-eclipses.com La Revue du Cinéma
|