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difficile de faire moins de deux articles pour crier notre admiration ! KILL BILL VOLUME 2
La mariée était en noir "That woman deserves her revenge and we deserve to die" En quittant la salle de cinéma, à l'issue de la vision de Kill Bill Volume 2, l'on prend conscience, le sourire aux lèvres et dans un silence totalement respectueux, qu'une oeuvre maîtresse vient de se jouer sous nos yeux. Le deuxième volume de Kill Bill projette le spectateur vers davantage d'intimité. Après avoir installé les fondations de sa mythologie durant le premier volet, Tarantino nous invite dès lors à la découverte de ses personnages et de leurs motivations. Traité comme un film de Kung-fu ou de samouraï, le Volume 1 avait posé ses bases à travers ses grandes scènes de combats. L'on sait, en pénétrant dans ce deuxième opus, que l'on n'aura désormais plus à y revenir. Un autre rapport va s'établir entre la fable et le spectateur, une complicité qui passera autant à travers l'humour qu'à travers le respect d'un programme établi dès le premier Volume. En entrant dans Kill Bill Volume 2, nous sommes chez nous ou n'avons rien à faire dans la salle. Si les deux épisodes s'avèrent différents au niveau de leur traitement, de nombreux liens les unissent. Tout d'abord du côté des détails. Prenons à témoin la présence de Gordon Liu qui passe du rôle de Johnny Mo (Volume 1) à celui de Pai Mei (personnage qu'il avait d'ailleurs combattu dans les débuts de sa carrière). Le classicisme du traitement des grandes scènes établit également un lien indéniable. Le duel final entre Black Mamba et Bill répond à celui qui finit le premier volet où Black Mamba affronte O-Ren Ishii (Lucy Liu). Le combat avec Bill est stylisé au possible, plus bavard que mouvementé. Le geste est précis, tout a été préparé durant les quatre heures durant de film. Les décors et l'atmosphère obtenus par Tarantino s'apparentent à ceux que l'on trouverait dans un film de Douglas Sirk. Tarantino crée sa propre mythologie. Si l'on passe entre le Volume 1 et le suivant du général au particulier (les affrontements y prennent l'aspect de simples duels), Kill Bill Volume 1 laisse ici la place à une oeuvre multi genres, ramassée sous la forme d'un western spaghetti ultra moderne. Du western, Kill Bill Volume 2 emprunte tout d'abord la mise en oeuvre de l'exercice de la vengeance. L'indéniable originalité du concept repose sur le fait que se joue dans le film une prise de pouvoir par une femme qui retrouve dans ce deuxième épisode sa fragilité à travers l'expression de sa maternité. Kill Bill Volume 2 s'inspire aussi de la notion d'espace, propre au western. Espace que Black Mamba épouse avec son corps, livrant un véritable chemin de croix entre ses adversaires. Si le sujet du film est bien la vengeance, il peut aussi se résumer à la reconquête d'un espace perdu, qu'il soit physique (l'existence d'une progéniture) ou temporel (les années de coma du protagoniste). En aucun cas cependant, il ne s'agit de conquérir une terre mais de gagner une liberté. En tuant au final Bill, Black Mamba quitte le champ et s'engouffre dans un hors champ salvateur et finalement féminin. Elle n'aura plus à être un homme, devenant à jamais une mère. Finalement, la grande force de Tarantino consiste à ne pas simplement construire dans Kill Bill une oeuvre à partir d'une kyrielle de références (et elles sont nombreuses, des Baby Cart à La 36eme chambre de Shaolin, en passant par nombre de westerns (lire, ci-dessous, l'article de Cédric qui précise les choses) mais à créer un nouveau genre. De film B ou bis, Tarantino fait un film A. Merveilleusement construit, Kill Bill Volume 2 brille autant dans l'art de la digression que dans ses scènes clés, devenant des classiques dès leur découverte. En effet, en dépit de ses sempiternelles références, Tarantino n'en reste pas moins créatif. La séquence où Black Mamba est enterrée vivante en fournit un bel exemple. Le réalisateur y enferme son héroïne et son spectateur six pieds sous terre. Usant du point de vue de son personnage, la séquence se résume visuellement à un carton noir et atteint un degré de frayeur à travers l'irruption de l'espace sonore qui nous conduit davantage encore vers l'étouffement. Certes, Tarantino s'amuse dans Kill Bill à user de mille références mais n'en oublie pas pour autant sa mise en scène. Au final, force est de constater qu'à travers chacune de ses séquences, voire chacun de ses plans, Quentin Tarantino crée sa propre mythologie. Preuve en est, Kill Bill Volume 2 n'impose pas au spectateur le souvenir de ses références, il devient lui-même en un clignement de paupière une référence. Michel Marques
un deuxième article pour préciser notre engouement
"Bang bang, my baby shoot me down"* Sortie tant attendue du Vol. 2 de Kill Bill pour les Tarantinophile (et ils sont nombreux) ! Après l'hémorragique premier opus très japonais (et encore, on n'a pas vu sa version nippon uncensored), cette suite devait se situer plus près des codes made in HongKong, d'ailleurs sur quelques détournements bis, cette influence stylistique étant bien présente (zooms grossiers, ombre chinoise, carton pâte). L'entraînement de la mariée se fait sous les ordres de Pai Mei interprété par le grand Gordon Liu découvert dans la production Shawbrothers (dont le prestigieux et légendaire shaw scop ouvrait Kill Bill 1), La 36eme chambre de Shaolin de Liu Chia-Lang. Clin d'œil ouvert aussi à Chang Cheh (Le trio magnifique, La rage du tigre) ou à King Hu pour son héroïne intrépide de l'Hirondelle d'Or. Pour le reste on serait plus
proche des western italiens, ce qui en faisait leur puissance combustible
à travers leur capacité baroque, l'étirement du temps, la composition
comme un ballet de mort à la Sergio Leone. Il en reprend ses plus beaux
atouts, mais le fragmente par petite touches, au mythifié féroce de
l'Amérique revisité par Leone, Tarantino y oppose encore plus son désenchantement
primaire, désert aride et sordide traversé par un looser édifiant (Budd), une
salope crapuleuse (Elle Driver), un proxénète - on s'en doute - Pygmalion. Mais
pas le seul maître referant absolu, on peut facilement sentir l'influence
de Lucio Fulci (l'enterrement vivant prélevé directement de Frayeurs,
d'une claustrophobie malsaine) ou de Sergio Corbucci (sadisme, pessimisme).
Ce scindement binaire, rend encore plus évident cette étrangeté narrative. Le
Vol 1, bloc d'affrontements qui ressemblait à un long climax funkie, se rétracte
ici au profit de longues joutes verbales, la violence éclate alors de façon
plus sèche et fulgurante (précision éclatante face à Bill, parade - décalage
- contre attaque). C'est enfin aussi la découverte de Bill joué par David Carradine, croisement de décontraction, de classe nonchalante et de dureté à la Lee Van Cleef et Jason Robards ; à la fois père spirituelle, et amant ténébreux. Occasion d'apprendre que les salauds ont un cœur, que les truands peuvent aimé. Kill Bill c'est la conséquence de la tragédie de l'amour fusionnel, désincarné au plus au point, qui mène à la destruction. La réunion - retrouvaille autour de la table (mère, père, enfant) à quelque chose de touchant dans sa simplicité, à la fois dans sa représentation "vraie" mais paradoxalement mensongère qui touche au grotesque de la situation. La vengeance réclame cette exigence chirurgicale (oeil pour oeil) du répondant, qui fera que La mariée ne pouvait qu'achevé Bill qu'en lui brisant littéralement le cœur (à la fin tout est affaire d'affect). De la scintillante croyance en ses références hétérogène de série B ou Z, Tarantino à transcendé la forme de patchwork hypertrophié qui le guettait, pour finalement conclure avec euphorie sur une intimité précieuse retrouvée. Cédric Gentaz
* (titre de la chanson du générique du Volume 1 ; NDLR)
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