CINÉMA

FILMS TV SÉRIES TV NANARS DOSSIERS BRÈVES de comptoir
                         INTERVIEWS DVD AUTOPSIE OPTION LYCEE RÉDACTION PAGE d'ACCUEIL

■   ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■  

 

I Don't Want to Sleep Alone

I DON'T WANT TO SLEEP ALONE

2006, Taiwan/France/Autriche, de Tsai Ming-liang, avec Yang Kuei-sheng, Chen Shiang-chyi, Lu Yi-Ching, Norman Bin-atun... 
Pitch : Kuala Lumpur. Un sans-abri, Hsiao Kang, est attaqué un soir dans la rue. Des travailleurs bangladeshi le trouvent et le transportent chez eux, dans le bâtiment désaffecté où ils habitent. Il va être pris en charge par l'un d'eux, Rawang. Chyi, une serveuse de bar, va elle aussi tomber sous le charme de Hsiao Kang. Cet homme qui n'était plus rien, devient l'objet de toutes les convoitises...

 

Le matelas de la Méduse

    Deux univers narratifs disjoints. D'un côté une chambre d'hôpital où un patient comateux a élu domicile. De l'autre les bas fonds de Kuala Lumpur, capitale de la Malaisie où Tsai Ming-liang tourne pour la première fois après avoir tourné la plupart de ses films à Taïwan. Entre les deux, cinq personnages et un matelas usé jusqu'à la corde mais néanmoins trimbalé tout au long du film. Trois des personnages y finiront leur course.

    L'ambition des films du réalisateur malais consiste à réunir des espaces et des solitudes, son film le plus caractéristique étant The Hole. La délicate communication entre personnages est généralement rendu possible par la confrontation au déchaînement des éléments : pollution ici, épidémie et inondation (The Hole) ou sécheresse (La saveur de la pastèque). La musique adoucissant les mœurs, le réalisateur l'utilise régulièrement comme élément régulateur. L'histoire d'amour présentée dans I Don't Want to Sleep Alone présente pour la première fois dans l'œuvre déjà prolifique du réalisateur un ménage à trois (référence française à la nouvelle vague comme Tsai Ming-liang s'appuyait sur le Dragon Inn de King Hu dans son Goodbye Dragon Inn) et une approche sociale ; après avoir été battu, un homme est recueilli, soigné par un bienfaiteur qui tombe par la même occasion amoureux de lui. 

    Le cinéma de Tsai Ming-liangg s'articule aussi souvent autour de la métaphore du cinéma en usant de ses moyens cinématographiques. Dès l'ouverture du film (long plan séquence, certes fixe mais ne cachant pas le défilement du temps à travers le vent qui caresse le rideau de la fenêtre), l'homme inerte et couché sur son lit pourrait se mettre à rêver. Le premier plan appelle donc déjà le suivant. Lorsque le deuxième univers nous présente un bonimenteur (symbole théâtrale) en pleine exercice d'arnaque (ceux qui désirent s'enrichir se doivent de lui verser une somme forfaitaire pour qu'il leur offre la toute puissance de ses prières), la métaphore s'accentue. Pour gagner le gros lot, il faut croire. De la même manière, pour pénétrer le cinéma de

    Film de commande pour célébrer l'anniversaire viennois de Mozart, I Don't Want to Sleep Alone glisse sur la musique des rêves et s'achève comme il commence, sur un matelas devenu radeau où les trois protagonistes sont définitivement réunis. Si la musique de Mozart entraîne au départ la métaphore du rêve du patient comateux, le brouillard final qui tombe sur la ville rejoue l'obsession récurrente des films de Tsai Ming-liang, la contamination de l'univers du film jusqu'à empêcher les personnages de poursuivre leur ébats. Interdits à la pratique de l'amour pour cause d'étouffement, ils ne leur restent plus qu'à s'abandonner au sommeil sur le fameux matelas, métaphore du siège du spectateur qui aura lui-même rêvé.

    Si le parti pris du film consiste à refuser les raccords de plans, laissant les plans séquences livrer leurs histoires, Tsai Ming-liang déroge à un unique moment à son principe, libérant une série de champ contre-champs sur le visage des deux héros masculins, pactisant ainsi leur union plutôt que de la rompre. Économe dans sa pratique, le cinéaste malais livre avec I Don't Want to Sleep Alone la quintessence magique de son art. Michel Marques 

 

■   ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■    ■

Copyright © 2005 - Tous droits réservés : Siteducinephile@aol.com ; association "loi 1901" JUILLET pour qui de droit

 

quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  La Revue du Cinéma