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2006, États-Unis, de
Quentin Tarantino, avec Kurt Russel, Rose McGowan, Zoe Bell, Rosario Dawson,
Jordan Ladd, Marley Shelton...
Pitch : Pour Jungle Julia, la
DJ la plus sexy d'Austin dans le Texas, le crépuscule est l'occasion de se détendre
avec ses meilleures copines, Shanna et Arlene. Les trois filles baroudent la
nuit, faisant tourner les têtes dans tous les bars et dancing du Texas. Mais
toute l'attention qu'on leur porte n'est pas forcément innocente : Mike,
cascadeur balafré et inquiétant, les suit sans se dévoiler, tapi dans sa
voiture indestructible...
Girls Powa !!!
Ce qui est bien avec un cinéphage tel que
Quentin Tarantino, c'est qu'il ne faut en général que quelques minutes
pour avoir la note d'intention de sa dernière oeuvre. Ça ne manque pas avec Death
Proof (Boulevard de la mort). Filmer en contre plongée, une jeune
fille, le derrière moulée dans un short-jean des plus courts, s'affale sur
son canapé. Lorsque ses copines débarquent, elle se lève pour se pencher à la
fenêtre. La caméra reprend alors approximativement la même valeur de cadre sauf que
s'amorce un léger mouvement vers le haut pour finir en plongée directe sur
ses amies. S'ensuit un violent mais magnifique décadrage et un grossier zoom
avant. Tout le cinéma adolescent de Tarantino pourrait se résumer à ce
glissement incongru. Sauf que cette fois, l'auteur s'est offert le luxe
purement fétichiste de traduire à l'exacte débauche la patine qui faisait
toute la saveur des films Grindhouse (terme générique servant au départ
aux drive-in, plus tard utilisé pour les cinémas passant des Z déviants en
boucle et maintenant accolés aux dits produits). Rayures sur la pellicule,
rafistolages grossiers, sauts d'images, faux raccords, jump cut à la pelle.
Rien ne sera épargné aux spectateurs. Mais là où dans Kill
Bill, les différentes influences pêle-mêle du chambara,
du wu xia pian et du western spaghetti n'arrivaient pas totalement à
fusionner entre elles (surtout dans le 1er), Death Proof
est plus homogène dans son avilissement total vers la dégénérescence
pulp de son auteur.
Construit comme un rape &
revenge movie, à mi chemin entre Point limite zéro
(Vanishing point) de Richard C. Sarafian et Day
of the woman (I spit on your grave) de Meir Zarchi, le film ne prend
pas de gants quant à sa dimension sexuelle. Rien que sur les plans
pervers de Tarantino, filmant pieds et fesses comme autant d'objets de désirs
frustrants, mais aussi dans ses dialogues entre girls acidulées.
Sans oublier, bien sûr, toute la métaphore phallique avec les automobiles, leurs
jeux de courbes et leurs joutes qui finissent par s'inverser,
passant du dominant-dominé à du rentre-dedans brutal où la chair comme
la taule volent en éclat. Death Proof est
clairement divisé en deux parties et si la première peut faire hurler la
gente féminine, nous leurs conseillons de tranquillement sucer leurs
esquimaux en attendant la conclusion qui devrait changer le port de la culotte
et les ravire sur ce point là. En effet, il est fortement implicite que
les filles ont plus de "couilles" que les mecs dans l'univers
fluorescent de Tarantino. La course poursuite finale dans ce rapport de force
est à ce titre absolument jubilatoire (mention spécial à Kurt Russel,
excellent) !
La beauté et la limite de cette
pellicule-hommage, totalement épanouie au cinéma d'exploitation,
tiennent comme quasiment toute la filmographie de Tarantino à ne révéler aucun
point de vue concret sur le monde qui l'entoure, fonctionnant en parfaite
autarcie, repliée sur elle-même mais dévoilant les travers pour le pire et
le meilleur d'un auteur ultra cinéphilie... ce qui est déjà beaucoup. Ce
flux incessant de paroles peut être vu comme le signifiant d'un
esprit sans cesse en ébullition, menaçant de s'effondrer sous le poids de
ses obsessions vampirisantes. C'est parfois superflus, voir agréablement
ringard, mais Death Proof dans cet entre-deux d'équilibriste
reste souverain dans la manière d'organiser, de détruire et de réordonner
tous les codes de genres moribonds, voir batardisés telles que la blaxploitation,
la kungfuxploitation et la sexploitation. Véhicule
purement seventies, Death Proof est une déclaration
d'amour sincère à un cinéma fast foodien que l'on peut
trouver désuet, archaïque, mais dont l'arrogante maîtrise et la
confiance aveugle la culture et technicité de son auteur en font une grande parade
irisée et adolescente : "Girls Powa" ! Cédric Gentaz
PS : A noter qu'au départ,
Grindhouse devait contenir les deux segments, soit deux films en un,
de Robert Rodriguez (((Planet
Terror) et Quentin Tarantino (Death Proof) chacun
synchrone d'une heure environ, entrecoupé de fausses bandes annonces de films
dans l'esprit d'exploitation bis - Z réalisé entre autre par ce tâcheron
de Rob Zombie. Suite à l'échec commercial au box office américain, les frères
Weinstein, propriétaires de Miramax qui distribue le film et aussi
producteurs associés, ont décidé pour l'exploitation internationale de séparer
les deux oeuvres et de leur rendre leurs versions longues. est
donc sorti en France le 6 juin et lui emboîtera le pas en
septembre. Il faudra attendre la sortie DVD pour pouvoir profiter de la véritable
expérience Grindhouse
La danse du ventre Chez Tarantino à l'inverse d'un Dreyer (on pourrait tout de même leur trouver des rapprochement en cherchant bien), au début n'était pas le verbe mais le jactance. Entrer dans l'univers du réalisateur exige de laisser au porte manteaux son langage châtier et de s'ouvrir à la gaudriole. Le réalisateur ayant toujours un tour d'avance sur son public, ceux qui chercheraient donc dans Death Proff une extension de Kill Bill ou KB2 feraient fausse route. Ce qui serait le comble dans un film où les personnages principaux s'avèrent être des voitures. Death Proof prend le chemin inverse du diptyque Kill Bill. Là où le réalisateur donnait le jour à deux volets pour un film complet, il s'amuse à n'offrir qu'un demi programme que vient théoriquement compléter le Planet Terror de son ami Roberto Rodriguez (Sin City).Si Kill Bill jouait avec l'absence physique de son protagoniste masculin, Death Proof étale la sur-présence d'une bande d'héroïnes déjantées et le désir pervers d'un troisième couteau, gras et masculinement pathétique (Kurt Russell, génial Snake Plisken échappé d'une cure de désintoxication que lui aurait infligé John Carpenter). Inutile de chercher des poux à Death Proof puisqu'il ne rivalise avec rien d'existant sur le marché contemporain mais s'amuse à virevolter entre les références, créant un nouvel ovni brillant et jovial. Tarantino n'y cherche pas le succès. L'échec en salles américaines du film semblait d'ailleurs prévu d'avance. De nombreuses séquences n'en appelleront pas moins les collectionneurs à se ruer sur la sortie dvd des deux volets du couple Tarantino/Rodriguez, en assurerant par la même occasion la rentabilité. Quentin Tarantino est un homme libre qui fait entrer dans son univers celles et ceux qu'il aime et à travers qui il accomplit sa passion cinéphilique. Monde de fidélité jouissive, Death Proof plébiscite acteurs (Kurt Russell enfile le casting comme un gant et s'inscri t dans le trajet d'un Michael Madsen), cascadeurs (Zoe Bell, doublure d'Uma Thurman dans les Kill Bill crevant ici l'écran) et références machistes retournées contre elle-mêmes (Death Proof serait un film de Russ Meyer finissant par écraser les yeux de son mateur de héros).Achevant sa fable avec une reprise d'un titre potache de Serge Gainsbourg, Tarantino s'auto-parodie jusqu'au bout. Si le montage du film s'amuse justement à démonter le principe hollywoodien de l'effacement des traces, usant de scratches et autres faux raccords baveux, le réalisateur ne s'y improvise pas moins comme photographe de plateau. Un rapport le rapprochant vers David Lynch qui est devenu lui aussi cadreur avec son dernier Inland Empire. Deux réalisateurs portant au bout de leur caméra la résistance culturelle face à la standardisation cinématographique mondiale. Il y a largement de quoi inviter quiconque à un saisir un ticket d'entrée. Michel Marques
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