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El Custodio (le garde du corps)

EL CUSTODIO (LE GARDE DU CORPS)   
2006, Argentine/Allemagne/France, de Rodriogo Moreno, avec Julio Chávez, Osmar Núñez, Marcelo D'Andrea, Elvira Onetto, Cristina Villamort...  
Pitch Rubén parle peu. Patient, il attend que sorte de réunion le Ministre de la Planification dont il est le garde du corps. Il le suit partout, ombre fidèle et protectrice, oublieuse d’elle-même. Que ce soit pour une cérémonie officielle ou dans le cadre d’une manifestation d’ordre privée, il se doit d’être disponible. Passionné de dessin, soutien de famille pour sa sœur malade, ses goûts et ses envies n’intéressent personne. Cette sensation d’être transparent lui pèse chaque jour un peu plus. L’impression de ne pas exister, de pas vivre pour soi est omniprésente telle une chape de plomb. Peu à peu, il sombre dans une profonde dépression, dangereuse pour lui comme pour son entourage...

 

Le mépris des autres

    Rubén est garde du corps et ne se contente pas d'en revêtir le costume, la cravate et le gilet par balle pour en honorer les fonctions. Méticuleux, il sait jouer un rôle d'ombre, essentielle dans l'exécution de sa mission. Dans les sempiternelles attentes, lorsqu'il est laissé à la porte du monde qu'il protège, Rubén ne se retourne pas sur sa propre vie, aussi secondaire dans le privée que dans le public, mais de plus en plus sur la représentation et l'aspect factice des gens de pouvoir qu'il contemple discrètement.

    Attaché à la surveillance d'un ministre sans doute comme les autres, Rubén n'est pas là pour s'exprimer mais devancer l'impondérable. Le danger ne finira pourtant pas par surgir de l'extérieur mais de lui-même. Décrivant méticuleusement les déplacements et les attentes de ce personnage dont la vocation est de rester secondaire, Rodrigo Moreno prépare séquence après séquence un déraillement de la partition. En faisant appel à Julio Chávez pour incarner cet homme de l'ombre, le réalisateur ne s'est pas trompé. L'acteur de Un Oso Rojo s'efface à merveille pour mieux exister. Tenant le rôle de l'observateur, la caméra ne s'attache pas à suivre le ministre mais Rubén imitant ses pas. De ce rôle visuel, la discrétion de Rubén va peu à peu attirer l'attention du ministre et se sa famille qui s'amuseront de cette supériorité hiérarchique.

    Le point de vue fort échafaudé par Moreno autour de Rubén va conduire le spectateur à vivre cette mise à l'écart et à s'identifier au véritable héros dont le rôle s'arrête finalement à essuyer systématiquement le mépris des autres. Une remarquable séquence cristallise l'expression de ce mépris. Patientant dans la voiture pendant que le ministre reçoit en terrasse des amis français, Rubén est appeler pour offrir ses compétences de dessinateur. Surpris par la requête, il s'exécute de bonne grâce et avec talent. Une fois la tache accomplie, il s'en retourne vers la voiture, congratulé par le modèle qu'il vient de croquer. Moment de gloire ? Certainement pas puisque Moreno choisit pour le départ de Rubén la juste focale qui fera passer la netteté du corps du héros (sous-entendu la précision de son geste) vers le flou. Plus tard, lorsque les invités ont quitté la table, le dessin croqué par Rubén a négligemment été abandonné au silence.

    Si El custodio peut nous rappeler durant un temps le premier film d'Agnès Jaoui (Le goût des autres) dirigé vers des personnages de l'ombre, il s'en distingue rapidement par son souci d'économie du dialogue. Nul besoin comme dans un certain cinéma français d'appuyer les choses par la parole. Rubén ne dira pas son mal être mais l'offrira en héritage au spectateur à travers un jeu d'identification. La scène cruciale n'en sera que mieux justifiée et plus forte. 

    Film aussi discret que remarquable, abondamment primé aux festivals de Guadalajara, San Sebastián, La Havane ou Bogotá, El custodio n'est pas un voyage vers les coulisses du monde politique vues par les yeux d'un garde du corps mais une lente identification à un homme qui décide un jour de rendre au mépris la monnaie de sa pièce. S'achevant après une fuite en bord de mer comme Les 400 coups, le film de Moreno consomme une rupture, symbolique d'un échec, non pas celui d'un homme mais d'une société. Face au film de Truffaut, la modernité d'El custodio n'en paraît que plus manifeste. La vivacité du cinéma argentin a encore beaucoup de choses à nous apprendre. Anne Ségolène 

 

 

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  La Revue du Cinéma