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Allemagne/France, 2005, de Julia Loktev, avec
Luisa Williams, Josh P. Weinstein, Gareth Saxe, Nyambi Nyambi, Fra,k Dattolo...
Pitch :Une
jeune femme psalmodie à voix basse que “tout le monde meurt un jour”.
Quelques minutes plus tard, elle attend dans le hall d’une gare. Lorsque son
téléphone sonne, on lui dit d’embarquer dans une voiture l’attendant
dehors. Conduite dans un hôtel où elle est isolée du monde, la jeune femme
se lave, se coupe les ongles, tente de lutter contre le sommeil. Bientôt,
elle est rejointe par trois hommes cagoulés qui vont la préparer. La jeune
femme est au centre d’une funeste destinée : elle doit perpétrer un
attentat suicide à la bombe en plein New York. Entre le conditionnement moral
imposé par ses commanditaires, et les gestes quotidiens, l’heure H approche...
Intérieur son Plan serré sur une nuque, caméra épaule. Une jeune femme marche dans une gare (?). La focale utilisée nous masque les détails, la collant au corps. Indécis, le personnage arrête sa déambulation fébrile et reçoit par le biais de son téléphone portable des instructions de direction. Elle les suit à la règle. La voix de l'interlocuteur semble plus présente que le personnage récepteur lui-même. L'on pourrait aborder le premier long métrage de Julia Loktev comme un exercice de point de vue visuel qui nous conduirait à en savoir davantage de quelqu'un en prenant sa place. On aurait tort. Day Night, Day Night dépasse le sens visuel, apparaissant rapidement comme le résultat d'une écriture sonore. Leslie Shatz, qui a dirigé le son, n'est pas étrangère au phénomène puisqu'elle collabore déjà depuis longtemps avec Gus van Sant (Last Days, Elephant, Gerry entre autres). Notre premier contact avec l'héroïne passe par sa voix, soulignant que beaucoup meurent pour des détails mais que quant à elle, elle veut mourir pour quelqu'un. Le synopsis est emballé en quelques phrases presque inaudibles. Si aucune identité ne sera livrée sur ce quelqu'un, l'on pourra imaginer dans le dernier tiers du film que le protagoniste ne faisait que dérouler la portée d'un fantasme. Entrés dans sa conscience, nous finissons par douter de la réalité de son expérience. Esclave volontaire d'une idéologie sans nom et sans fondement, l'héroïne avoue pourtant au final attendre un signe. Paradoxalement, c'est en se préparant à mourir (la dernière toilette, dernier brossage de dents...) qu'elle esquisse des gestes de vie. Le spectateur mange avec elle et respire en elle. Si elle ne semble plus avoir de raison fondamentale de vivre, elle n'en a pas plus de mourir. D'ailleurs, au moment d'enclencher le détonateur, elle flanche jusqu'à produire le plus trivial des actes de vie puisqu'elle urine comme un bébé dans ses propres vêtements. Le film met en oeuvre une logique qu'il suit pendant plus de 75 minutes mais on lui reprochera cependant sa mise en scène, non pas cinématographique mais cérébrale. Day Night, Day Night nous laisse un goût de système élaboré pour rien. Un film s'approchant du documentaire pour n'en être pas un, un film à thèse vite abandonnée, une oeuvre cinématographique qui perd sa raison d'être au fil de son déroulement. En quittant la salle, l'on n'éprouve même pas le désir de poursuivre mentalement le film, tellement l'entreprise apparaîtrait comme superfétatoire. Michel Marques
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