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2006, États-Unis,
de et avec Kévin Smith ainsi que Trevor Fehrman, Jeff Anderson, Jason Mewes,
Brian O'Halloran, Rosario Dawson...
Pitch Dante
et Randal, deux employés d’épicerie, approchent de la trentaine. A la
suite d’un concours de circonstances, leur échoppe doit fermer, donnant
l’occasion aux deux gaillards de s’évader et de faire le point sur leurs
vies, voire d’envisager un futur différent et meilleur. De ce changement,
Dante tire tous les aspects positifs : il se sent enfin libre, envisage de
quitter le New Jersey avec sa fiancée et démarrer une nouvelle vie. Mais son
ami Randal ne l’entend pas de cette oreille et, rongé par la rancœur,
semble incapable d’avancer…
Le derche-en-bouche est arrivé Quinze années après la sortie du phénoménal Clerks que nous avons pour certains découvert du côté de nos vingt ans, la famille de Kevin Smith a pris de l'embonpoint et ne s'en cache pas. Nous nous devions d'aller vérifier si la forfanterie imaginative du réalisateur avait au moins échappé à l'embourgeoisement. Ayant développé sa carrière indépendante depuis les années quatre-vingt dix (Méprise multiple, Dogma, Père et fils), accompagné d'amis de taille (Ben Affleck ou Matt Damon), Smith fictionne aujourd'hui à travers ce Clerks 2 son propre retour aux sources en ne s'épargnant pas. La bouffonnerie machiste appuyée par l'emploi d'incessants barbarismes sans lesquels nous perdrions notre latin (mais la langue appartient à tous) glissera ici vers l'amitié homo puisqu'il faut bien un jour payer l'ardoise de sa misogynie. D'entrée de jeu, Smith s'affranchit d'un principe cinématographique en posant une question : comment créer du neuf en faisant reprendre du service aux mêmes zigotos sans transformer la grâce d'antan en graisse du jour ? Dans sa séquence d'entame, le film cerne alors les anciens décors à la fois devenus mythe et lettres mortes, établissant un savant glissement entre noir et blanc et couleur. Les temps évoluent, la «Quick Stop Groceries», cette fameuse supérette du New Jersey, est partie en fumée mais les «employés modèles» n'ont pas vraiment quitté les lieux. Seul Dante envisage de délaisser son rôle de fantôme en quittant la région et épousant une vie d'homme rangé et une jolie blonde dont il s'étonne encore d'avoir fait la conquête. Si la transition entre le Clerks d'origine et celui-ci paraît subtile, il fallait à Smith un renouvellement de taille qui intègre le passage du temps. Après être passé par l'étape de Jay and Silent Bob Stike Back, celui-ci s'accomplit par le biais d'un personnage, Elias, apportant au monde déjanté de l'équipe transplantée dans un fast-food, bref au coeur de l'industrie américaine, un renouveau. Post-ado chéri par ses parents, Elias porte sur les épaules l'étendant de la nouvelle génération qui donne un coup de vieux aux anciens terroristes du verbe. Campé magistralement par Trevor Fehrman qui oppose son jeu très intérieur à celui de Smith très grimaçant, le film intègre avec bonheur sa nouvelle recrue. Dans Jay and Silent Bob Stike Back, le réalisateur s'attaquait à l'acharnement hollywoodien sur les franchises. Son nouvel épisode n'a cependant rien de contradictoire puisque Clerks 2 ne profite pas du filon mais accompagne plutôt le vieillissement de l'équipe. Jouant les bavardages et discussions impénitentes autour de sujets aussi adolescents que post-pubères (quelle trilogie tire le plus son épingle du jeu, celle de Lucas ou Jackson ? question générationnelle... question essentielle à laquelle nous avons tous une réponse... celle de Jackson of course !), nos héros qui s'accomplissent moins dans un travail pour accroître leur compte en banque que que se retrouver entre amis et vivoter paisiblement tournent toujours autant le dos, et montre aussi leurs fesses, à l'idéal américain qui vient le 6 mai 2007 de contaminer baveusement la France. En leur âme et conscience, les fidèles de Kevin Smith et malheureux devant les résultats du récent scrutin électoral n'hésiteront pas une seconde à découvrir Clerks 2. Les néophytes qui veulent leur emboîter le pas prendront tout de même quelques courts de rattrapage en visionnant avant toute chose Clerks. Quant aux autres, ils se contenteront de se gausser devant la pauvre charge héroïque française, Les Bronzés 3, et continueront à écouter du Hallyday dans leur rêve de décapotable. La génération Jet-set s'incarne dans ce qu'elle a de meilleur pour elle et de pire pour nous. Asshole ! Michel Marques
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