CINÉMA

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photo de plateau où le maître Oliveira entoure ses deux acteurs

 

BELLE TOUJOURS 
2006, Portugal/France, de Manoel de Oliveira, avec Michel Piccoli, Bulle Ogier, Ricardo Trepa, Leonor Baldaque, Julia Buisel...  
Pitch : 39 ans après BELLE DE JOUR, deux des personnages du film se retrouvent : Henri Husson et Séverine Serizy. Ensemble, ils vont revivre l’opaque étrangeté d’un secret détenu par Henri. Séverine, elle, doit absolument connaître les tenants et aboutissants de ce secret… 

 

Que le spectacle s'éteigne !

"Je sais sans savoir, c'est mon destin."

    L'hommage rendu par Manoel de Oliveira à Luis Bunuel et Jean-CLaude Carrière est un instrument sublime qui révèle le génie qu'il entretient avec Belle de jour. Le cinéaste portugais éclaire le film espagnol réalisé en 1968, ne lui trouve pas une fin mais le conduit vers l'apothéose. L'auteur d'Um filme falado et du Principe de l'incertitude vient sans doute de réaliser à presque un siècle de vie son oeuvre la plus étincelante avec la grâce la plus simple. 

    D'entrée le ton est donné. Un orchestre symphonique fait raisonner ses cordes. Pour l'ancien dandy Henri Husson, si le spectacle n'est pas sur la scène, le fantasme surgit dans la salle. Le héros a aperçu Séverine Serizy qu'il avait perdu de vue depuis près de quarante ans comme le spectateur du film de Bunuel. A travers la passation du rôle de Séverine entre Catherine Deneuve et Bulle Ogier, Oliveira confirme que le cinéma est le plus vrai des mensonges. La musique annonce la représentation à laquelle le spectateur offrira son crédit. 

    Husson suit Séverine au sortir de la salle de concert, la perd de vue et décide de mener son enquête pour retrouver la trace de son personnage. Pendant qu'il lui tourne autour, c'est Oliveira qui s'approche et discute avec Bunuel qu'il n'a finalement fait que croiser durant sa vie sans jamais vraiment pouvoir le rencontrer. L'on connaît la barrière entre la langue espagnole et portugaise derrière laquelle Bunuel se dissimulait alors qu'elles sont aussi éloignées l'une de l'autre que le québécois et le français. 

    Oliveira exploite une question essentiel pour prolonger Belle de jour : Husson a-t-il révélé au mari de Séverine la perversion masochiste des activités sexuelles de sa femme ? Tel est l'enjeu de Belle toujours et la raison pour laquelle Séverine accepte lorsqu'elle est accostée par Husson dans une scène sublimement muette mais pourtant remplie de sens cinématographiques ouverts par le cinéaste. Le mutisme de la première partie du dîner où ils se confrontent en temps réel l'un à l'autre nous apporte déjà un élément de réponse à la question à laquelle devra participer le spectateur. Oliveira ne commet aucune faute de goût, sa conduite du récit est sculptée au millimètre près. Le réalisateur assume ici son don pour l'orfèvrerie. 

    Travaillant merveilleusement sur l'éclairage de son film, Oliveira s'amuse à rompre ses champs contre champs. L'art de la contradiction formelle rejoint le domaine sémantique du film de Bunuel qu'Oliveira met en valeur. La Séverine "1968" devait être amoureuse de son mari pour faire l'amour en s'offrant à d'autres hommes. Si elle apprenait maintenant que son mari avait été mis au courant de ses activités, son masochisme aurait perdu toute sa valeur. Séverine trompait son mari par amour. Avec Belle toujours, Oliveira nous apprend cependant à travers la bouche de la Séverine "2007" que l'héroïne à laquelle chacun pense n'existe plus. Le cinéaste respecte la cohérence du faux ou de la supercherie. Le spectateur fera son choix pour que le spectacle s'éteigne. Oliveira a fait celui du génie, qu'il en soit loué. Son film vient rendre grâce à celui de Bunuel, atteignant plus que largement son niveau. Anne Ségolène et Michel Marques

 

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  La Revue du Cinéma