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Alexandra

ALEXANDRA
Russie, 2007, d'Alexandre Sokourov, avec Galina Vishnevskava, Valiliy Shetvtsov, Eugeny Tkatchuk, Raisa Gichaeva...
Pitch Alexandra est une grand-mère qui vient rendre visite à son petit-fils Denis, officier de l’armée russe, en poste en Tchétchénie. Elle est installée à la caserne mais elle sort aussi pour aller au marché. Elle rencontre des femmes tchétchènes, se lie d'amitié avec l’une d’elle, à qui elle rend visite. Elles discutent de leurs sorts respectifs et constatent qu'il n'y a pas de différences entre elles. Puis la grand-mère revient à la caserne, discute avec son petit-fils, avec d'autres soldats. Elle pose des questions, elle écoute, plus qu'elle ne parle. Mais, au-delà des mots, elle est profondément touchée

 

Les derniers voyages sont les premiers

    Dès le départ, Alexandra est déjà en marche pour aller à la rencontre de son petit-fils Denis, officier en poste en Tchétchénie. Si la vieille dame qui n'est pas née de la dernière pluie traîne son corps dans l'espace, passant d'un train militaire à un blindé, elle semble prendre contact avec son époque. Mais que vient-elle chercher, des souvenirs ou des réponses ? Entre son départ et son retour, Alexandra interrogera sur son passage celles et ceux qu'elle rencontrera et se questionnera elle-même sur la vie qu'elle a traversée (dureté et manque de tendresse à offrir à sa propre fille). Au final, Alexandra ne sera plus la même et sera saisie dans sa lente promenade initiatique par la révélation.

    Lorsqu'elle pénètre dans la caserne, elle pourrait tout aussi bien arriver au Proche-Orient, en Amérique du Sud ou simplement en Tchétchénie. Le camp qu'elle découvre alors lui offre le spectacle de soldats bivouaquent et ne semblant pas être en poste pour guerroyer. Cette absence de combats brouille l'époque dans laquelle la fiction pourrait s'incarner ; l'on pense bien sûr à 1994. Reconnaissant sa dureté et celle de son mari défunt (sujet tabou que Denis repousse d'un revers de manche), Alexandra pose les armes et se tourne vers les autres. Sa rencontre avec Malika, tchétchène généreuse, la convainc qu'elles sont sœurs plutôt qu'ennemies viscérales et lui permet de poursuivre son parcours tant mental que physique. Dans Alexandra, l'héroïne circule dans un rêve, un fantasme de paroles là où L'arche russe était une visite guidée fantasmagorique portée par un unique plan séquence. Les filtres utilisés ici dans les séquences extérieures par le réalisateur colorent les paysages et les célèbrent comme de véritables peintures. Les nuages sont ténébreux et pèsent sur l'horizon comme un passé qu'il faut digérer.

    Comme le dit Sokourov, Alexandra n'est pas un film sur la guerre mais sans la guerre. En ce sens il se tourne davantage vers un avenir reconstruit, une terre où chacun pourra espérer vivre avec autrui. Si elle venait voir son petit-fils, Alexandra rencontre ici un peuple prêt à vivre dans l'harmonie. Pour ce faire, Sokourov déroge à son principe du plan séquence, lui préférant un découpage guidant l'œil du spectateur vers les gros plans. Les visages apparaissent comme des paysages et en observant la vie autour d'elle, Alexandra apprend à se voir à travers leur reflet.

    Circulant sous la forme d'un plan séquence à travers ses figures artistiques, L'arche russe visitait trois siècles d'histoire russe. Dans la trilogie entreprise avec Mère et fils dont le dvd sortira sous peu dans aux éditions Potemkine (www.potekine.fr), Père et fils entreprenait un voyage où les héros cohabitaient dans le cadre et l'espace mais subissaient la séparation par le biais de la proxémique (l'organisation du plan à travers le rapport entre les corps et le décor). Dans ce dernier, si le fils vivait avec le fantôme de son père, Alexandra se promène quant à elle librement dans une guerre qui n'en est plus une. Circulant entre la caserne et le village tchétchène, elle en devient elle-même un fantôme. Le spectateur commence par observer son regard scrutateur et finit par épouser son point de vue. Ce dernier voyage d'Alexandra en devient le premier qu'elle réalise véritablement avec générosité. Sokourov poursuit de son côté à célébrer et réfléchir sur l'histoire russe. Michel Marques

 

 

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quelques sites pour poursuivre la route

www.filmdeculte.com  Hkcinemagic  http://analysefilmique.free.fr  www.revue-eclipses.com  La Revue du Cinéma