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ABOUT SCHMIDT (MONSIEUR SCHMIDT)
U.S.A., 2001, de Alexander Payne, avec Jack Nicholson, Hope Davis, Dermot Mulroney, Kathy Bates, June Squibb, Howard Hesseman...
Pitch : Warren Schmidt a 66 ans. L'heure de la retraite a sonné. C'est la fin d'une période bien ordonnée, et le début d'une autre qui commence. Or, sa femme meurt subitement d'une attaque, et sa fille va se marier. Warren sombre dans la dépression. Sans aide extérieure, il va devoir s’en sortir par lui-même. Il achète un van, part vers le Nebraska, pour le mariage de sa fille, et va tenter de se faire à son gendre qu'il n'apprécie pas. La longue route va l'amener à se pencher sur lui-même. Il va pouvoir se détendre, en côtoyant la libérée Roberta, et en parrainant un enfant tanzanien, à qui il envoie des lettres très appliquées...

 

 

 

La Vie Truculente de Mr Schmidt

 

    Alexander Payne nous avait déjà impressionnés et fait beaucoup rire avec un regard cynique et acide sur la vie des High School, ces lieux où les strates ethniques, sociales et culturelles se divisent en castes. D’un côté les Nerds, ces merveilleux étudiants modèles qu’on repère entre mille, de l’autre les Sportifs, puis les groupies de sportifs… repérables eux aussi à plusieurs dizaines de kilomètres. Débarquait alors la jeune fille bien sous tout rapport qui s’avérait ensuite être la pire des ambitieuses. Dans ce film judicieusement intitulé Election, Payne confrontait Reese Witherspoon, la dite élève, à un professeur un peu laxiste, du genre de ceux qui s’identifient aux élèves, un Matthew Broderick d’ailleurs très convaincant. La guerre pouvait commencer.

 

    Ce schéma qui n’avait pas vraiment convaincu faute de subtilités et de jeux de caméra pertinents n’en demeure pas moins la marque de fabrique de Payne et About Schmidt vient confirmer cette impression. Mr Schmidt est un jeune retraité de 66 ans, vivant au Nebraska, marié à une épouse dévouée et charmante, père d’une jeune fille échouée à Denver et entouré d’amis fidèles. La mise en place du portrait sobre et détaché de Mr Schmidt ne tarde pas à s’effilocher, à se distordre et à perdre de son bonheur illusoire.

 

 

Aux confins d’une Amérique profonde :

 

    Le Nebraska… ses arches consacrées aux Pionniers, les héros ultimes de l’Amérique, ses banlieues industrialisées, ses maisons coquettes qui se ressemblent toutes. Sa population aussi, qui reflète une joie de vivre lancinante. Presque douloureuse mais supportable tant qu’elle n’est pas remise en question par le truchement des événements de la vie. Et c’est là le problème de Mr Schmidt.

 

    Le film commence par un plan fixe sur un Jack Nicholson froid, à l’œil blasé et terrifié. Il est assis dans un fauteuil de cuir, entouré d’archives, compilation d’une vie professionnelle entassée dans quelques boîtes en carton et destinée aux ordures. Le bureau est propre, ciré, vide de toute trace humaine. La caméra chavire langoureusement pour fixer l’horloge postée au mur qui fait face à Schmidt. On voit les heures s’éteindre, tranquillement, sans précipitation. Les dernières que Mr Schmidt pourra observer, apercevoir, remarquer et vivre. Solennellement, une fois 17 heures, il se lève, met sa veste de costume comme un travailleur qui s’en va normalement, empoigne sa mallette et quitte son bureau, pour la dernière fois.

 

    Cette évocation du départ en retraite chez Payne est plutôt sympathique. Il ne s’acharne pas encore sur la surface dorée de son personnage central. Il commence à gratter lorsque Schmidt participe à sa soirée de départ. L’intervention de celui qui le remplacera est très drôle. Celle de son meilleur ami, Ray, est tout le contraire. L’homme est cynique, insultant la superficialité du remerciement dû à l’âge, dénigrant la jeunesse inexpérimentée à l’œil perfide et donnant finalement le vertige d’un passé vide à un homme qui croyait avoir fièrement rempli son existence.

 

    L’imagerie de l’Amérique provinciale, que l’on pourrait plutôt dire profonde, transmet une étonnante couleur au cinéma américain. Les personnages sont les négatifs de leurs homologues des grandes villes. La différence évoque d’ailleurs souvent le conflit New Jersey / New York, cher à certains réalisateurs comme Jim Jarmusch ou Kevin Smith.

 

    Payne nous invite à regarder par le trou de serrure la vie de ces pauvres êtres plats. Ils ne sont pas passionnés, semblent s’ennuyer profondément en l’acceptant et subissent le temps qui passe sans s’effaroucher ni envisager de s’émanciper de cette fuite silencieuse. On pourrait presque dire qu’ils attendent la mort comme on attend le train en gare.

 

 

Une idée du vide existentiel :

 

    Mr Schmidt commence à douter de sa propre existence, de son utilité et se pose ces terribles questions que chacun se pose un jour : qu’ai-je réalisé dans ma vie qui ait pu servir à quelqu’un ? En quoi ai-je été une pierre utile à l’édifice de l’humanité ? Ces questions interviennent d’abord sur sa vie de couple… Malheureusement, avant qu’il ne puisse l’évoquer plus sérieusement, son épouse meurt.

 

    Il apprend que sa femme l’a trompé avec son meilleur ami, Ray… encore une nouvelle presque logique dans le travail de déconstruction et de destruction de l’existence de Mr Schmidt. Pour ne pas en dévoiler plus du récit, je n’aborderai pas les autres événements qui pousseront Schmidt à remettre tout en question. Il se rend compte petit à petit que sa vie ne signifie rien aux yeux des autres. Alors, un jour lui vient l’idée de se créer un ami virtuel à qui parler, à qui adresser ses rancœurs, ses colères, ses tristesses.

 

    Payne va loin dans le portrait d’un provincial finalement inutile à la vie des hommes. Faire saisir cette idée au personnage principal devient une horreur à assumer. A l’âge de la retraite, un homme est censé avoir l’impression de s’être accompli à tous niveaux. Et pourtant, au lieu de regarder vers l’avenir, la sensation qui intervient d’emblée, c’est la perte des repères, ces repères que les institutions et que sa famille lui ont donné pour choses inaliénables. Il comprend alors que c’est le vide qui l’attend. Tous ses repères s’effacent un à un et le gouffre s’approche à une vitesse effrayante.

 

    Payne a certainement voulu signer une gentille comédie sur la vie d’un retraité sympa et attachant du midwest. Pourtant, la perte de tout contrôle sur son existence rend le personnage principal méchant, froid, mégalomane et désuet. Le film est drôle, à condition qu’on accepte le postulat de départ sur l’idée de dépeindre un américain blasé et amer. Le second degré qui marque profondément le film est parfois tellement excessif que le spectateur se sent poussé à rire nerveusement. Mais il est un moment où la méchanceté et le portrait vitriolé des hommes deviennent insupportables, voire condamnables.

 

    La prestation des acteurs n’est nullement à mettre en doute. Katie Bates en psychiatre juive à la libido exacerbée est truculente. Nicholson est parfait dans ce rôle de vieux râleur qui ne sait plus quoi faire du temps qu’il lui reste à vivre. L’introspection, la découverte de ses racines, de son histoire, de l’Histoire et des délires spirituels sont déclinés comme un assemblage de clichés douteux. Le film perd sa fantaisie à l’approche du mariage de la fille de Schmidt pour tomber dans un sarcasme médisant, moqueur et abusif.

 

    Indéniablement, les amateurs de second degré averti prendront un plaisir certain à voir ce film, comme ils avaient pu aimer visionner American Beauty. Mais tout s’enfile trop rapidement, trop crûment et avec une surenchère qui finalement ennuie.

 

    Dommage car le film de Payne aurait pu être plus intéressant s’il s’était contenté de scruter avec l’œil perfide de sa caméra le pauvre Mr Schmidt et non d’englober des histoires croisées où chacun devient un être en péril, une histoire sans intérêt qui tombera dans l’anonymat le plus complet la mort venue. Yannick Deplaedt

 

 

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