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Question de montage
Plus que toute oeuvre de Terrence Malick, Le nouveau monde, dans sa recherche transcendantale d'une pure cosmogonie sensorielle, fait abstraction de la linéarité de son récit au profit d'une incision de montage ample où la maîtrise de la suspension devient une respiration à saisir, un souffle de la Nature pour se fondre à la fois entre ses racines et recadrer le drame de l'Histoire dans une ossature anthropologique. Lorsque le couple Smith (Colin Farrell) - Pocahontas (Q'Orianka Kilcher) se retrouve en tête à tête en foret, Malick élague les habituels champ/contre-champ, il décale les instants (jump cut) comme autant de fractals précieux d'une intimité qui doit rester secrète en se fondant dans le rythme du cosmos (la princesse indienne attrapant le soleil). C'est par la coupe d'une action, d'un geste resté en suspens, de pensées décalées des amants que le réalisateur inscrit ses personnages dans la dilution du temps (respiration donc) et ouverture (laissez le monde pénétrer l'humain et inversement). Il ne s'agit plus seulement de cadrer et donner chair à une romance mais de la connecter au ressenti laissé dans un espace et de caresser en ce sens l'horizon, sa promesse de pouvoir dépasser le plan - le cadre du monde (le salut de Pocahontas ouvrant ses mains partant de ses yeux vers l'extérieur est signe de la souveraineté génitrice de la Nature et de sa connexion panthéiste). Changer les perceptions (choral de bruissement d'oiseaux, d'insectes, de feuilles, du vent), remonter la rivière (symbole minérale, de vie - naissance, en perpétuel changement) se noyer dans l'autre, c'est arriver au point de grâce recherché, à condition de n'enfermer le regard dans aucune réduction de champ, mais au contraire le faire témoin centrifuge d'une ouverture totale dans le poumon végétale, retour au tellurisme édénique, à la croyance de trouver la félicité de l'amour et se relier à l'universel : soleil, terre, eau, feu. Le nouveau monde est un grand film nostalgique, certes, mais surtout une oeuvre spirituelle inscrite dans le charnel et l'immensité dans l'intervalle des plans, plus qu'un chef d'œuvre, une fenêtre sur le sublime de l'art et de la Terre mère. Cédric Gentaz
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