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FRANKENWEENIE
1984, U.S.A., de Tim Burton, avec Shelley Duvall, Daniel Stern, Barret Oliver, Joseph Maher, Roz Braverman, Paul Bartel, Jason Hervey, Paul C. Scott, Helen Boll, Bob Herron, Donna Hall, Sofia Coppola... 
Pitch : Sparky, le chien de Victor Frankenstein est renversé par une voiture. Lorsque l'enfant voit son professeur de science injecter de l'électricité dans le système nerveux d'une grenouille morte pour en montrer la réaction des membres, Victor trouve là une manière idéale de ramener son chien à la vie. Il se met à l'ouvrage...

 

Prologue

    Avant de découvrir le générique de Frankenweenie, en tant que spectateur, nous sommes doublement invités à suivre un prologue. A travers le point de vue des personnages de la séquence, nous assistons à la projection du film amateur du héros, Victor, qui fête son dixième anniversaire. Cette découverte insiste sur la malice de cet enfant par le biais d'une référence que le réalisateur prend aussi à son compte, celle d’Ed Wood (le cinéaste le plus passionné mais aussi le plus nul du monde) à qui il consacrera plus tard un long métrage. Ce premier film d'un enfant de dix ans ne cache ni ses trucages sommaires ni sa passion pour son chien dont le nom claironne au générique. Costumé et corné, le personnage campé par Sparky nous permet de pénétrer dans le registre du fantastique. Le rôle caricatural endossé par le chien préfigure son devenir zombie dans la fiction du court métrage (le générique du petit film en témoigne : Starring Sparky ! as the monster for long ago). Dans ce prologue, la famille, les camarades de Victor comme le spectateur se lient de complicité autour de la projection du film de l’enfant.

    Dès cette amorce, l'éclairage artificiel du projecteur introduit la LUMIERE comme élément générateur de fiction. En désignant la projection, Burton en appelle aussi à l'indispensable état de CROYANCE du spectateur comme il le fera plus tard dans son générique le plus aboutie, celui de Sleepy Hollow, véritable métaphore de l'art cinématographique auquel tout bon spectateur adhère immédiatement. A travers ce besoin de croyance, il distingue déjà dans Frankenweenie le monde de l'adulte de celui de l'enfance et précise sa préférence pour le second.

 

 


    Le « levé de rideau » qui nous présente le héros sous les applaudissements annonce à son tour que le spectacle ou la représentation peut enfin commencer et que le film de Victor n'était qu'une première partie structurante de ce qui va suivre. Au final du prologue, lorsque Sparky est renversé par une voiture, un raccord brutal sur Victor nous plonge dans la réalité de la nouvelle intrigue et le glorifie déjà d'une contre-plongée ; l'histoire n'en restera pas là. Grâce au générique, l'on évitera la lourdeur d'une scène de déploration.

 

Générique

    Ce savant générique exprime tout l'art de Tim Burton. On y trouve à nouveau exploité la présence des deux mondes (enfant/adulte); Victor est accompagné de ses parents sur la tombe de son chien. Il n'en demeure pas moins que l’enfant reste seul durant un temps devant la pierre tombale de Sparky. Cela nous rappelle donc que les deux univers ne peuvent encore se fondre malgré les apparences. Le cimetière est féerique, étrange et semble appartenir à un autre monde, celui de l’enfance. Le projet de la fable reposera sur une mutation statutaire : le monde des enfants, vaste et ouvert, accueillera celui des adultes, étroit d'esprit et soumis au jugement calomnieux. C'est en entrant dans le monde de la "croyance" des enfants (fin du film après la deuxième mort de Sparky) que l'adulte se repentira et entrera en grâce.

    Le mont sur lequel est enterré Sparky préfigure la séquence du moulin, véritable montée au calvaire. Ce générique associe le réel au poétique, bref l'univers adulte vu par la rêverie enfantine. Très riche, il définit déjà le style burtonnien. Habité par les références (Hitchcock, Whale, Wood…), Burton ne plaque pas des citations mais exploite des situations cinéphiliques pour nourrir son propre style. Il s’agit à chaque d’une rencontre entre une référence et le réalisateur pour faire advenir une nouvelle forme. Le spectateur s’y trouve emmené et voit ainsi au-delà de la surface des choses ou références.

    Si chez Tim Burton, les génériques (régulièrement signées par Robert Dawson) mélangent souvent industrie et artisanat, il fait partie à part entière du film et lorsqu’il se présente l’on est déjà dans la représentation cinématographique.



Le film

    Le premier plan qui suit le générique exploite immédiatement une fausse piste, permettant à Buton de livrer avec subtilité les possibilités d‘un court métrage. Après la mort de Spaky, Victor regarde la pluie battre contre la fenêtre, symbole apparent de sa tristesse. Pourtant, un travelling arrière nous permet de découvrir que cette pluie est n’est qu’illusion puisqu’elle provient du tuyau d’arrosage que la mère de l’enfant utilise pour arroser les fleurs du jardin. Nous sommes en Californie, aux portes d’Hollywood, le soleil brille. Cette vision trompeuse annonce déjà un changement de perception de la réalité, le fil du genre fantastique est bien en marche.

    Suit une scène entre camarades sur le chemin de l'école. Si la diversité des 4 écoliers (une bimbo interprétée par Sofia Coppola - Virgin Suicide, Lost in Translation -, un black, l'américain à casquette et Victor, celui qui s‘habille avec le plus de maturité) frise la caricature. Elle s'oppose cependant au monde commun des adultes que l‘on va bientôt découvrir à travers l’apparition des voisins.

    Cours de science. Les lignes d'ombres dessinées sur le mur (derrière le professeur) souligne l'importance du moment et prépare déjà aux effets expressionnistes. Elles font de plus référence au générique de Psycho (Alfred Hitchcock). Burton est un maître en art de références. Il ne reprend jamais les choses gratuitement mais les exploite pour inventer une nouvelle forme. Lacérant le professeur, les lignes le rendent autre, étrange. Le professeur, assis à son bureau, bénéficie d'une contre-plongée (comme Victor un peu plus tôt). Cela l'unit déjà à l’enfant à qui il va bientôt insuffler son projet. La transmission du prof à l'élève se fait cinématographiquement par une série de champ/contre champ. Lorsqu'une variation d'optique laisse apparaître Victor entre les pattes de la grenouille, le lien est tissé. Le dessin de l'enfant, déjà vu une première fois, a été complété d'éclairs (nouvelle occurrence à la lumière), indiquant clairement sa résolution, faire revivre Sparky. L'enfant est bien dans la croyance. Nous venons d'assister à un raccourci, effet qui sied au court métrage où il faut en dire beaucoup en peu de temps. Le recours à l’ellipse sera l‘autre moyen privilégié permettant d‘élargir l‘espace-temps.

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    Après les cours, le retour de Victor chez lui marquera sa différence avec ses parents. La mère pense que le plat préféré de son fils est le poulet, c'est pourtant le rosbif. Cette blague amènera la discussion du lendemain matin entre parents autour du "presse papier". Les deux parents s'inscrivent donc malgré leur ouverture d'esprit dans le registre de la convention où l'on se chamaille pour un rien et se détourne de l'essentiel. Ce sera un contrepoint face à l'entreprise de Victor. Les parents deviennent des enfants alors que ces derniers les dépassent grandement.

    Les voisins nous sont alors présentés sous le régime de la suspicion mais aussi de l‘inutilité ; n‘ayant rien à faire, ils se rencontrent pour dénoncer, montrent du doigt ceux dont le comportement diffère du leur et tentent de remplir leur vide. Burton les portraitise à l’aide d’angles de prise de vue caractéristiques, en général la contre-plongée agrémenté de gros plans (la maîtresse du chien Raymond).

    La boîte aux lettres de la famille nous sera montrée deux fois. On y découvrir le nom des parents de Victor, Frankenstein. La référence au film éponyme de James Whale nous annonce la suite des événements. S’il en a déjà le nom, Victor pourra se transformer en « docteur » Frankenstein en revêtissant la blouse.

 



    L'expérience a lieu et n‘est pas sans évoquer celle présente dans Back to the Future réalisé en 1985 par Zemeckis. Elle semble avoir dans un premier temps échoué. Un moment de suspense laisse place à une autre résolution. Le fouet de Sparky remue. Le chien lèche son maître et le reconnaît donc. Un linge sur la tête, Sparky renaît, tel un fantôme.

    Lors de la première sortie de l‘animal, l'on suit son trajet en caméra subjective comme dans Dark Passage de Delmer Daves. Lorsque Sparky pénètre dans le garage du voisin, Mr Chambers, un jeu d’ombres et de lumière file la métaphore expressionniste entamée dans la salle de classe et unit le prof, Victor et Sparky. 

(caméra subjective)


    Après la découverte de monsieur et madame Frankenstein, Victor et ses parents seront filmés dans des espaces différents à travers un champ/contre-champ.

    La scène de fuite vers le moulin est une relecture fidèle, le monde en moins (nous sommes dans un court métrage) de celle du film de Whale. L’exercice de style de Burton est d’une grande maîtrise et révèle sa maîtrise du plan et des angles.



    Dans la dernière partie, les voisins ont compris l'identité de Sparky et se rachètent. A l'issue de la résolution, le film se conclut par un jeu de mot (« c'est le coup de foudre ») qui permet au film de se conclure sur un dernier effet de LUMIERE !

Ce court métrage de 29 minutes est une perle de son auteur et annonce déjà l’ensemble des préoccupations que Burton développera dans sa cinématographie. Michel Marques

 

 

 

 

 

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