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FRANKENWEENIE
Prologue Avant de découvrir le générique de Frankenweenie, en tant que spectateur, nous sommes doublement invités à suivre un prologue. A travers le point de vue des personnages de la séquence, nous assistons à la projection du film amateur du héros, Victor, qui fête son dixième anniversaire. Cette découverte insiste sur la malice de cet enfant par le biais d'une référence que le réalisateur prend aussi à son compte, celle d’Ed Wood (le cinéaste le plus passionné mais aussi le plus nul du monde) à qui il consacrera plus tard un long métrage. Ce premier film d'un enfant de dix ans ne cache ni ses trucages sommaires ni sa passion pour son chien dont le nom claironne au générique. Costumé et corné, le personnage campé par Sparky nous permet de pénétrer dans le registre du fantastique. Le rôle caricatural endossé par le chien préfigure son devenir zombie dans la fiction du court métrage (le générique du petit film en témoigne : Starring Sparky ! as the monster for long ago). Dans ce prologue, la famille, les camarades de Victor comme le spectateur se lient de complicité autour de la projection du film de l’enfant. Dès cette amorce, l'éclairage artificiel du projecteur introduit la LUMIERE comme élément générateur de fiction. En désignant la projection, Burton en appelle aussi à l'indispensable état de CROYANCE du spectateur comme il le fera plus tard dans son générique le plus aboutie, celui de Sleepy Hollow, véritable métaphore de l'art cinématographique auquel tout bon spectateur adhère immédiatement. A travers ce besoin de croyance, il distingue déjà dans Frankenweenie le monde de l'adulte de celui de l'enfance et précise sa préférence pour le second. ![]()
Générique Ce savant générique exprime tout l'art de Tim Burton. On y trouve à nouveau exploité la présence des deux mondes (enfant/adulte); Victor est accompagné de ses parents sur la tombe de son chien. Il n'en demeure pas moins que l’enfant reste seul durant un temps devant la pierre tombale de Sparky. Cela nous rappelle donc que les deux univers ne peuvent encore se fondre malgré les apparences. Le cimetière est féerique, étrange et semble appartenir à un autre monde, celui de l’enfance. Le projet de la fable reposera sur une mutation statutaire : le monde des enfants, vaste et ouvert, accueillera celui des adultes, étroit d'esprit et soumis au jugement calomnieux. C'est en entrant dans le monde de la "croyance" des enfants (fin du film après la deuxième mort de Sparky) que l'adulte se repentira et entrera en grâce.
Le mont sur lequel est enterré Sparky préfigure la séquence du moulin, véritable montée au calvaire. Ce générique associe le réel au poétique, bref l'univers adulte vu par la rêverie enfantine. Très riche, il définit déjà le style burtonnien. Habité par les références (Hitchcock, Whale, Wood…), Burton ne plaque pas des citations mais exploite des situations cinéphiliques pour nourrir son propre style. Il s’agit à chaque d’une rencontre entre une référence et le réalisateur pour faire advenir une nouvelle forme. Le spectateur s’y trouve emmené et voit ainsi au-delà de la surface des choses ou références. Si chez Tim Burton, les génériques (régulièrement signées par Robert Dawson) mélangent souvent industrie et artisanat, il fait partie à part entière du film et lorsqu’il se présente l’on est déjà dans la représentation cinématographique.
Le premier plan qui suit le générique exploite immédiatement une fausse piste, permettant à Buton de livrer avec subtilité les possibilités d‘un court métrage. Après la mort de Spaky, Victor regarde la pluie battre contre la fenêtre, symbole apparent de sa tristesse. Pourtant, un travelling arrière nous permet de découvrir que cette pluie est n’est qu’illusion puisqu’elle provient du tuyau d’arrosage que la mère de l’enfant utilise pour arroser les fleurs du jardin. Nous sommes en Californie, aux portes d’Hollywood, le soleil brille. Cette vision trompeuse annonce déjà un changement de perception de la réalité, le fil du genre fantastique est bien en marche. Suit une scène entre camarades sur le
chemin de l'école. Si la diversité des 4 écoliers (une bimbo interprétée
par Sofia Coppola - Virgin
Suicide, Lost
in Translation -, un black, l'américain à casquette et
Victor, celui qui s‘habille avec le plus de maturité) frise la caricature.
Elle s'oppose cependant au monde commun des adultes que l‘on va bientôt
découvrir à travers l’apparition des voisins.
Ce court métrage de 29 minutes est une perle de son auteur et annonce déjà l’ensemble des préoccupations que Burton développera dans sa cinématographie. Michel Marques
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